{"id":1434,"date":"2020-07-21T11:01:05","date_gmt":"2020-07-21T09:01:05","guid":{"rendered":"http:\/\/ifeac.fr\/?p=1434"},"modified":"2024-06-13T21:34:14","modified_gmt":"2024-06-13T19:34:14","slug":"note-historique-theologique-et-spirituelle-sur-la-pandemie-de-covid-19-leglise-catholique-et-les-epidemies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ifeac.fr\/?p=1434","title":{"rendered":"NOTE HISTORIQUE, TH\u00c9OLOGIQUE ET SPIRITUELLE SUR LA PAND\u00c9MIE DE COVID-19 L\u2019\u00c9GLISE CATHOLIQUE ET LES \u00c9PID\u00c9MIES"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Pr. Jean-Dominique DURAND.<\/strong>                                                                   Membre de l\u2019Acad\u00e9mie catholique de France                                            Universit\u00e9 Lyon-III<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9pid\u00e9mie qui ravage des nations enti\u00e8res, qui tue indiff\u00e9remment riches et pauvres, bons et m\u00e9chants, femmes et hommes, enfants et vieillards, pose la question \u00e9ternelle du bien et du mal. Elle interpelle intens\u00e9ment les chr\u00e9tiens. Comment Dieu tout-puissant peut-il laisser faire ? L\u2019\u00e9pid\u00e9mie est-elle une punition envoy\u00e9e par Dieu pour punir les p\u00e9ch\u00e9s des hommes ? Dieu entend-il mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve ? Peut-on accepter la mort des innocents ? Que peut dire et faire l\u2019\u00c9glise ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ces questions sont tr\u00e8s pr\u00e9sentes dans la litt\u00e9rature. Elles troublent les croyants comme les non-croyants. Elles dominent chez Albert Camus, dans La Peste, le dialogue tendu entre l\u2019abb\u00e9 Paneloux et le docteur Rieux, m\u00e9decin non croyant, apr\u00e8s la mort douloureuse d\u2019un enfant<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Voltaire en fit une arme en s\u2019appuyant sur le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 : \u00ab Direz-vous en voyant cet amas de victimes : \u201cDieu s\u2019est veng\u00e9, la mort est le prix de leurs crimes<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>\u201d ? \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9flexions am\u00e8nent \u00e0 se poser deux questions. Dieu veut-il transmettre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 un message \u00e0 travers un fl\u00e9au ? Quelles r\u00e9actions l\u2019\u00c9glise promeut-elle ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e que les \u00e9pid\u00e9mies, comme du reste tous les fl\u00e9aux qui ravagent l\u2019humanit\u00e9 tels que guerres et famines, devaient \u00eatre re\u00e7ues comme des ch\u00e2timents divins, a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9pandue dans le christianisme, et reste pr\u00e9sente dans certains milieux. Les fl\u00e9aux ont nourri la \u00ab pastorale de la peur \u00bb identifi\u00e9e par Jean Delumeau<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Ils ont pu entra\u00eener des formes d\u2019expression radicale de la foi comme en 1349, face \u00e0 la Peste noire, les autoflagellations collectives destin\u00e9es \u00e0 calmer la col\u00e8re divine, et aussi la recherche de boucs \u00e9missaires avec des pogroms contre les juifs. L\u2019id\u00e9e du p\u00e9ch\u00e9 qui entra\u00eene le ch\u00e2timent s\u2019est longtemps impos\u00e9e sur fond de justice divine punitive fond\u00e9 sur le dogme du p\u00e9ch\u00e9 originel.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas possible de reproduire ici les milliers de pages de sermons v\u00e9h\u00e9ments et de mandements \u00e9piscopaux soulignant la responsabilit\u00e9 personnelle et collective des hommes qui, du fait de leurs comportements d\u00e9viants, attireraient les foudres d\u2019un Dieu vengeur. La d\u00e9faite fran\u00e7aise de 1940 a vu se multiplier le discours meaculpiste, comme en 1870 : le pays se trouvait vaincu parce qu\u2019il ne respectait pas les lois divines<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Pourtant, si le D\u00e9luge a \u00e9t\u00e9 voulu par Dieu pour punir : \u00ab Yahv\u00e9 se repentit d\u2019avoir fait l\u2019homme sur la terre et il s\u2019affligea dans son coeur \u00bb (Gn 6, 6), ensuite \u00ab il se dit en lui-m\u00eame : \u201cJe ne maudirai plus jamais la terre \u00e0 cause de l\u2019homme, parce que les desseins du coeur de l\u2019homme sont mauvais d\u00e8s son enfance ; plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme je l\u2019ai fait\u201d \u00bb (Gn 8, 21). Le roi Salomon l\u2019affirme : \u00ab Dieu n\u2019a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir \u00e0 la perte des vivants \u00bb (Sg 1, 13). De m\u00eame Yahv\u00e9 se repentit de la peste envoy\u00e9e en Isra\u00ebl et arr\u00eata la main de l\u2019ange qui la r\u00e9pandait (2 S 24, 15-17). N\u00e9anmoins l\u2019interpr\u00e9tation punitive du fl\u00e9au pouvait s\u2019appuyer \u00e9galement sur divers passages de l\u2019Ancien Testament, les mal\u00e9dictions annonc\u00e9es dans le Deut\u00e9ronome en cas de d\u00e9sob\u00e9issance (Dt 28, 15-20).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9 des th\u00e9ories punitives, bien des auteurs, th\u00e9ologiens, \u00e9crivains, pr\u00e9dicateurs, insistent sur la mis\u00e9ricorde divine. Au XIXe si\u00e8cle notamment, Marie s\u2019imposa comme m\u00e9diatrice, porteuse de tendresse, \u00ab cette tendre m\u00e9diatrice \u00bb comme le dit Chateaubriand, qui \u00ab d\u00e9sarme un Dieu irrit\u00e9 \u00bb. Selon l\u2019auteur du G\u00e9nie du christianisme, \u00ab elle ignore les saintes col\u00e8res du Seigneur : elle est toute bont\u00e9, toute compassion, toute indulgence.<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9diation de Marie fut soulign\u00e9e par les papes L\u00e9on XIII et Pie X<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>, jusqu\u2019\u00e0 Jean-Paul II<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. Ce dernier, marqu\u00e9 par Maria Faustyna Kowalska, consacra le deuxi\u00e8me dimanche apr\u00e8s P\u00e2ques \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de la Mis\u00e9ricorde divine<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>. La Mis\u00e9ricorde s\u2019installe durablement dans la spiritualit\u00e9 catholique avec l\u2019Ann\u00e9e sainte extraordinaire de la Mis\u00e9ricorde ouverte par le pape Fran\u00e7ois le 8 d\u00e9cembre 2015.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le recours \u00e0 la pri\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au cours des si\u00e8cles, m\u00eame s\u2019ils se sentaient d\u00e9munis devant des maladies contagieuses mal ma\u00eetris\u00e9es, m\u00eame s\u2019ils pouvaient se sentir \u00e9cras\u00e9s par un Dieu terrible, les chr\u00e9tiens savaient pouvoir se tourner vers lui \u00e0 travers des intercesseurs et surtout \u00e0 travers Marie.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien des oeuvres d\u2019art y invitaient. Un exemple parmi tant d\u2019autres est le retable d\u2019Issenheim d\u00fb \u00e0 Mathias Gr\u00fcnewald, ex\u00e9cut\u00e9 entre 1512 et 1516, install\u00e9 dans un hospice des moines de Saint-Antoine. Il s\u2019agissait, dans une intensit\u00e9 dramatique, d\u2019amener les malades \u00e0 s\u2019en remettre au Christ souffrant \u00e0 travers saint Antoine<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un contexte de multiplication des fl\u00e9aux, l\u2019\u00c9glise \u00e9labora des mod\u00e8les de \u00ab bonne mort \u00bb. Les pr\u00e9dicateurs invitaient les fid\u00e8les \u00e0 se pr\u00e9parer en faisant p\u00e9nitence, tandis que les figures grima\u00e7antes des danses macabres rappelaient la bri\u00e8vet\u00e9 de la vie. Les Artes moriendi se multipli\u00e8rent avec des recommandations de repentir et de p\u00e9nitence, et des images illustrant le r\u00f4le d\u2019intercesseurs de la Vierge et des saints<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. Il faut se pr\u00e9parer \u00e0 affronter les fl\u00e9aux, tremblements de terre, pestes, famines, dit l\u2019\u00e9vang\u00e9liste Luc, car ils signifient que le Royaume de Dieu est proche (Lc 21) : \u00ab Veillez donc et priez en tout temps, afin d\u2019avoir la force d\u2019\u00e9chapper \u00e0 tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l\u2019homme \u00bb (Lc 21, 36).<\/p>\n\n\n\n<p>On priait beaucoup saint S\u00e9bastien et saint Roch, dont les cultes sont attest\u00e9s dans toute la chr\u00e9tient\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 des retours r\u00e9guliers de la peste. Reliques et images \u00e9taient montr\u00e9es dans l\u2019espoir de repousser le fl\u00e9au, processions \u00e0 la fois expiatrices et protectrices. \u00c0 Lyon, en 1643, les \u00e9chevins d\u00e9cid\u00e8rent de se porter en procession \u00e0 Fourvi\u00e8re et de vouer la ville \u00e0 Marie pour qu\u2019elle en \u00e9carte l\u2019\u00e9pid\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n<p>On a l\u00e0 une d\u00e9cision autant politique que religieuse<a href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>. C\u2019est la d\u00e9cision religieuse qui<\/p>\n\n\n\n<p>l\u2019emporte \u00e0 Marseille, en 1720, lorsque l\u2019\u00e9v\u00eaque Mgr Henri de Belsunce consacra le dioc\u00e8se au Sacr\u00e9-Coeur de J\u00e9sus le 1er novembre 1720<a href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>. Les \u00e9chevins s\u2019associ\u00e8rent \u00e0 cette d\u00e9marche en 1722 en assistant \u00e0 la messe du Sacr\u00e9-Coeur et en offrant un cierge de quatre livres. Cette c\u00e9r\u00e9monie se renouvelle chaque ann\u00e9e. En 2020, ann\u00e9e du tricentenaire de la cons\u00e9cration, dans le contexte de la pand\u00e9mie, l\u2019archev\u00eaque Mgr Jean-Marc Aveline, n\u2019a pas souhait\u00e9 attendre la f\u00eate liturgique du Sacr\u00e9-Coeur le 19 juin, et l\u2019a avanc\u00e9e au 5 avril, jour des Rameaux. La pri\u00e8re reste d\u2019une forte actualit\u00e9. Le 30 mai, \u00e0 la fin du mois marial, le pape Fran\u00e7ois a r\u00e9cit\u00e9 la pri\u00e8re du Chapelet pour \u00ab invoquer l\u2019aide et le secours de la Vierge \u00bb. Elle a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e en mondovision et retransmise dans les principaux sanctuaires mariaux du monde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise, responsabilit\u00e9 des catholiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pri\u00e8re est jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui un \u00e9l\u00e9ment majeur de lutte contre la maladie. Elle apaise le malade, et marque le refus du fatalisme. Elle n\u2019exclut pas la lutte sur le terrain contre la maladie. On peut trouver dans l\u2019Ancien Testament des recommandations d\u2019enfermement volontaire pour laisser passer le temps du fl\u00e9au (Ex 12, 22 ; Is 26, 20) mais il s\u2019agit de moments tr\u00e8s particuliers. En revanche, d\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9, les chr\u00e9tiens se firent remarquer par leur solidarit\u00e9 avec les malades, soutenus par leur foi. On a pu voir dans leur comportement solidaire, notamment lors des \u00e9pid\u00e9mies de 165 et de 250, l\u2019une des raisons de l\u2019expansion du christianisme<a href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mesures se firent draconiennes avec une meilleure connaissance de la propagation des maladies contagieuses. Lors de la peste de 1656, on eut recours, \u00e0 Rome, aux actes religieux, pri\u00e8res, procession de l\u2019ic\u00f4ne de la Vierge de l\u2019\u00e9glise Santa Maria in Portico in Campitelli, \u00e0 la supplication polyphonique du ma\u00eetre de chapelle de la Cappella Giulia, la Missa gratiarum actione in angustia pestilenti\u00e6 ex\u00e9cut\u00e9e le 18 novembre 1656 dans la basilique Saint-Pierre aux portes closes. Le pape Alexandre VII les accompagna aussi de mesures \u00e9nergiques, telles que mises en quarantaine dans des lazarets, isolement notamment du quartier du Trastevere, fermeture des \u00e9glises les jours de f\u00eate. La procession de l\u2019ic\u00f4ne de la Vierge fut m\u00eame \u00e0 un moment, suspendue<a href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Milan en 1576, l\u2019archev\u00eaque, le cardinal Charles Borrom\u00e9e pr\u00e9conisa une quarantaine g\u00e9n\u00e9rale et fit fermer les \u00e9glises ; il fit installer des croix et des autels aux carrefours de la ville, o\u00f9 des messes pouvaient \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9es, les fid\u00e8les pouvant les regarder de loin, de chez eux. Pour demander \u00e0 Dieu d\u2019arr\u00eater l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, d\u00e9finie par l\u2019archev\u00eaque comme une punition divine, des processions furent organis\u00e9es en octobre 1576, r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 des hommes s\u00e9par\u00e9s de trois m\u00e8tres les uns des autres. Face \u00e0 un pouvoir civil d\u00e9liquescent, il fonda et r\u00e9nova des h\u00f4pitaux, multiplia les mesures de pr\u00e9vention et mobilisa le clerg\u00e9, se pla\u00e7ant lui-m\u00eame en premi\u00e8re ligne<a href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>. Charles Borrom\u00e9e, canonis\u00e9 en 1610, devint un saint invoqu\u00e9 pour combattre la peste, en divers lieux en Europe, par exemple \u00e0 Chalonsur- Sa\u00f4ne en 1636, \u00e0 Vienne en 1713. \u00c0 sa suite, le cardinal Fr\u00e9d\u00e9ric Borrom\u00e9e, confront\u00e9 \u00e0 Milan \u00e0 une nouvelle peste en 1630, prescrivit, d\u00e8s les premiers cas connus, des mesures que les cur\u00e9s devaient appliquer strictement. Il ne voulait d\u2019ailleurs pas organiser la procession des reliques de saint Charles, impos\u00e9e par les autorit\u00e9s religieuses, craignant un regain de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, ce qui se produisit. Il visitait les malades dans les lazarets confi\u00e9s aux capucins. Alessandro Manzoni \u00e9crivit : \u00ab Il se plongea dans la peste, il v\u00e9cut au milieu d\u2019elle, \u00e9tonn\u00e9 lui-m\u00eame \u00e0 la fin d\u2019en \u00eatre sorti sain et sauf \u00bb<a href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019iconographie n\u2019est pas avare en repr\u00e9sentations de grands pr\u00e9lats au milieu des pestif\u00e9r\u00e9s Mgr de Belsunce \u00e0 Marseille en 1720, ou saint Charles Borrom\u00e9e, mais aussi des religieux et des religieuses. La prise en charge des malades, malgr\u00e9 tous les risques que cela implique, est avec la pri\u00e8re, ce qui caract\u00e9rise le mieux l\u2019action de l\u2019\u00c9glise face aux \u00e9pid\u00e9mies. Cela reste particuli\u00e8rement vrai jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, notamment en Afrique o\u00f9 les institutions sanitaires catholiques, et chr\u00e9tiennes en g\u00e9n\u00e9ral, font face aux \u00e9pid\u00e9mies telles que l\u2019Ebola et le Sida<a href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>. En Europe, l\u2019\u00c9glise est brid\u00e9e par le pouvoir politique. On a vu comment, dans de nombreux cas, les aum\u00f4niers n\u2019ont pas pu acc\u00e9der aux malades, ni m\u00eame aux mourants, sans parler de la mise entre parenth\u00e8ses de la vie sacramentelle. Andrea Riccardi, fondateur de la Communaut\u00e9 de Sant\u2019Egidio, a regrett\u00e9 l\u2019alignement de l\u2019\u00c9glise sur les institutions civiles : les \u00e9glises, dit-il, sont \u00ab le lieu de l\u2019esprit : une ressource en des temps difficiles, qui suscite l\u2019esp\u00e9rance, console et rappelle que l\u2019on ne se sauve pas tout seul \u00bb. Il ajoutait : \u00ab se retrouver librement ensemble dans la pri\u00e8re aurait d\u00e9livr\u00e9 un tout autre message, m\u00eame si la prudence et le contr\u00f4le de soi s\u2019imposent \u00bb. En revanche, seul les messages politique et sanitaire ont \u00e9t\u00e9 retenus, excluant le<\/p>\n\n\n\n<p>message spirituel<a href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les catholiques ont certainement une le\u00e7on \u00e0 tirer de la crise, un peu comme le dit Pascal dans sa Pri\u00e8re pour le bon usage des maladies, parce que \u00ab j\u2019ai mal us\u00e9 de ma sant\u00e9 \u00bb. Il y a des le\u00e7ons \u00e0 tirer. C\u2019est ce qu\u2019a dit le pape Fran\u00e7ois dans son hom\u00e9lie du 27 mars 2020, seul sur le parvis de la basilique Saint-Pierre, devant une place vide. L\u2019\u00c9glise a \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9e dans la gestion de la crise sanitaire, nos soci\u00e9t\u00e9s s\u00e9cularis\u00e9es l\u2019ont rel\u00e9gu\u00e9e loin des centres de d\u00e9cision. Mais avec ses \u00e9glises rest\u00e9es ouvertes, elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente par la pri\u00e8re, qui pr\u00e9pare \u00e0 l\u2019action. Sans doute est-il temps de relire Catholicisme, o\u00f9 Henri de Lubac montre \u00ab les aspects sociaux du dogme \u00bb<a href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>, \u00e0 quoi conduit l\u2019\u00c9vangile : \u00e0 une pr\u00e9sence forte du chr\u00e9tien dans la soci\u00e9t\u00e9 : \u00eatre attentif \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 toutes les formes d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, \u00eatre solidaire, agir pour la \u00ab maison commune \u00bb (encyclique Laudato s\u00ed\u2019), oeuvrer pour que les personnes \u00e2g\u00e9es vivent dans une vraie dignit\u00e9, aller aux p\u00e9riph\u00e9ries. Il faut \u00ab saisir ce temps d\u2019\u00e9preuve comme un temps de choix, [\u2026] le temps de r\u00e9orienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres \u00bb, a dit Fran\u00e7ois le 27 mars. \u00ab N\u2019ayez pas peur \u00bb dit l\u2019ange (Mt 28,5).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Sur ce point, voir plus bas l\u2019approche philosophique et th\u00e9ologique du P. Philippe Capelle-Dumont<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Voltaire, Po\u00e8me sur le d\u00e9sastre de Lisbonne, 1756.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Jean DELUMEAU, Le p\u00e9ch\u00e9 et la peur. La culpabilisation en occident, XIIIe-XVIIIe si\u00e8cles, Paris, Fayard, 1983.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Fr\u00e9d\u00e9ric Le MOIGNE, Les \u00e9v\u00eaques fran\u00e7ais de Verdun \u00e0 Vatican II. Une g\u00e9n\u00e9ration en mal d\u2019h\u00e9ro\u00efsme, Rennes, PUR, 2005, p. 89-117.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de CHATEAUBRIAND, G\u00e9nie du christianisme ou beaut\u00e9s de la religion chr\u00e9tienne, 1802, Paris, Gallimard, Biblioth\u00e8que de La Pl\u00e9iade, 1978, p. 487.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Encycliques Fidentem piumque (1896) et Ad diem illud (1904).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Encyclique Redemptoris Mater (1987).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Encyclique Dives in Misericordia (1980).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Joris-Karl HUYSMANS, Le retable d\u2019Issenheim, 1903, r\u00e9\u00e9d. Dans Les Gr\u00fcnewald du Mus\u00e9e de Colmar, Paris, hermann, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Alberto TENENTI, La Vie et la mort \u00e0 travers l\u2019art du XVe si\u00e8cle, 1952, r\u00e9\u00e9d. Paris, \u00c9ditions Allia, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Bernard HOURS, \u00ab Le Voeu des \u00e9chevins de 1643 \u00bb, dans Jean-Dominique Durand (dir.), Fourvi\u00e8re, l\u2019\u00e2me de Lyon, Strasbourg, La Nu\u00e9e bleue, 2014, p. 288-298.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> \u00ab Peste de 1720 : Mgr de Belsunce, h\u00e9ros de Marseille. Entretien avec R\u00e9gis Bertrand, Codex, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> Rodney STARK, L\u2019essor du Christianisme. Un sociologue revisite l\u2019histoire du Christianisme des premiers si\u00e8cles, Charols, \u00c9ditions Excelsis, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> \u00ab \u00c9pid\u00e9mie et quarantaine : les pr\u00e9c\u00e9dents dans l\u2019histoire italienne \u00bb, Vatican News, 9 avril 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Andr\u00e9 DEROO, Saint Charles Borrom\u00e9e, cardinal r\u00e9formateur, docteur de la pastorale (1538-1584), Paris, \u00c9ditions Saint-Paul, 1963.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Alessandro MANZONI, Les Fianc\u00e9s. Histoire milanaise du XVIIe si\u00e8cle, Paris, Le Chemin vert, 1982, p. 309-312, 315.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> Patrick VERSPIEREN, \u00ab L\u2019\u00c9glise catholique face \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de sida \u00bb, \u00c9tudes, 2007, p. 213-225.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Andrea RICCARDI, \u00ab Se per battere la paura del contagio da coronavirus, si mettono in ginocchio le nostre chiese \u00bb, La Stampa, 29 f\u00e9vrier 2020. En fran\u00e7ais dans La Vie, 1\u00b0 mars 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a> Henri de LUBAC, Catholcisme. Les aspects sociaux du dogme, Paris, \u00c9ditions du Cerf, 1938, r\u00e9\u00e9d. OEuvres compl\u00e8tes, VII, Paris, \u00c9ditions du Cerf, 2003, 560 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr. Jean-Dominique DURAND. 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