{"id":460,"date":"2020-03-16T12:11:51","date_gmt":"2020-03-16T11:11:51","guid":{"rendered":"http:\/\/ifeac.fr\/?p=460"},"modified":"2024-06-13T21:34:15","modified_gmt":"2024-06-13T19:34:15","slug":"la-representation-des-femmes-dans-le-monde-arabo-musulman-entre-le-coran-et-la-charia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ifeac.fr\/?p=460","title":{"rendered":"La Repr\u00e9sentation des femmes dans le monde arabo-musulman, entre le Coran et la charia"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La\nRepr\u00e9sentation des femmes dans le monde arabo-musulman, entre le Coran et la\ncharia<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dr. Karim IFRAK, CNRS, Paris. <\/p>\n\n\n\n<p>Publication des actes du Colloque\norganis\u00e9 le 13 f\u00e9v. 2019 <\/p>\n\n\n\n<p>La Chaire de l\u2019IMA.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un point de vue\nm\u00e9thodologique, la repr\u00e9sentation des femmes dans le monde arabo-musulman n\u2019est\npas chose monolithique. Port\u00e9e par des dynamiques d\u2019ordre sociologique,\nculturel, cultuel et politique, elle fait l\u2019objet de fluctuations tant\u00f4t\nprogressives tant\u00f4t d\u00e9gressives. Une situation qui se veut le reflet d\u2019un\ncontraste parfois tranch\u00e9, exprimant les r\u00e9alit\u00e9s propres de chaque pays, chaque\nr\u00e9gion et chaque \u00e9poque. Cependant, il est in\u00e9vitable d\u2019admettre que le statut\nde la femme dans cet espace a connu, le long du si\u00e8cle dernier, plusieurs avanc\u00e9es\nsignificatives. \u00c0 la faveur de nombreux appels \u00e0 l\u2019int\u00e9gration de la femme dans\nla vie courante, elle a acquis ses droits au vote, \u00e0 l\u2019enseignement, \u00e0\nl\u2019engagement politique, associatif ou tout simplement actif. D\u00e8s lors, on l\u2019a\nvu investir des espaces jusque-l\u00e0 consid\u00e9r\u00e9s comme chasse gard\u00e9e des hommes, en\ntant que m\u00e9decin, avocate, magistrat, universitaire, d\u00e9put\u00e9e, ministre, cheffe\nd\u2019entreprise, journaliste, pilote de ligne et m\u00eame de chasse<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pour autant, si\nles choses semblent \u00e9voluer dans le bon sens, il ne s\u2019agit pas non plus de\ncrier victoire ou de verser dans l\u2019ang\u00e9lisme. Bien des questions r\u00e9clament davantage\nd\u2019am\u00e9liorations, entre autres celles qui peinent \u00e0 progresser. Il\nne s\u2019agit pas non plus de traiter cette probl\u00e9matique en produisant un discours\naux affirmations apolog\u00e9tiques born\u00e9es \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019aspect protecteur et\ninnovateur des injonctions islamiques primitives. Cette approche serait alors l\u2019\u00e9cho\nd\u2019un discours id\u00e9ologique conservateur ventil\u00e9 par les mouvements islamistes et\nsalafistes contemporains. La pr\u00e9sentation d\u2019un monde arabo-islamique exclusivement\nr\u00e9pulsif \u00e0 toute tentative d\u2019\u00e9volution au point d\u2019emp\u00eacher toute \u00e9mancipation\nde la femme, y est tout autant proscrite. Le projet ferme de suivre un trac\u00e9 le\nplus objectif possible exigera de nous de dire les choses sans jamais rien\nocculter, ni prendre parti.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai que la\nsituation de la femme \u00e0 travers l\u2019histoire, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ne figure pas en\nt\u00eate des plus enviables. Et si de nos jours elle semble, au prix d\u2019incessants combats,\navoir \u00ab&nbsp;arrach\u00e9&nbsp;\u00bb certains de ses droits, cette situation n\u2019en\ndemeure pas moins fragile et partielle. Le cas le plus abouti est\nincontestablement celui de la femme occidentale, mais pour autant il n\u2019est\ngu\u00e8re possible de d\u00e9nier le fait qu\u2019elle ne les a acquis que tardivement. Il ne\ns\u2019agit pas non plus d\u2019instruire un dossier \u00e0 charge contre \u00ab&nbsp;l\u2019homme&nbsp;\u00bb,\nen le pr\u00e9sentant dans le r\u00f4le du pr\u00e9dateur soucieux de dominer la femme, avant de\nla rel\u00e9guer \u00e0 des rangs subalternes. Bien que cette notion demeure concevable,\nil n\u2019emp\u00eache qu\u2019elle ne l\u2019est qu\u2019en partie. Les mod\u00e8les des rapports homme\/femme\nqui structurent nos soci\u00e9t\u00e9s depuis des si\u00e8cles, g\u00e9n\u00e9rations apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rations,\ny ont contribu\u00e9 \u00e9galement. <\/p>\n\n\n\n<p>Au c\u0153ur de nos soci\u00e9t\u00e9s\n\u00e9clectiques, la femme a toujours eu \u00e0 occuper un r\u00f4le quasi exclusif dans la\ngestion du foyer familial et l\u2019\u00e9ducation des enfants. Ces activit\u00e9s exigeant un\ninvestissement constant ne sont pas de nature \u00e0 faciliter la t\u00e2che \u00e0 celui qui\nsouhaite cultiver l\u2019art de la dissertation et de la monographie. Et dans ce dessin,\nle double facteur culturel et \u00e9conomique avait \u00e9galement son mot \u00e0 dire. En\nr\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, seules les femmes issues de milieux sociaux ais\u00e9s et\/ou doctes\navaient l\u2019occasion d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019instruction et par cons\u00e9quent \u00e0 une certaine\n\u00e9galit\u00e9 des chances. Les co\u00fbts subis par cette derni\u00e8re, ne pouvant \u00eatre support\u00e9s\nque par des familles prosp\u00e8res, aident \u00e0 expliquer ais\u00e9ment cette tendance. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances\npasse in\u00e9vitablement par l\u2019instruction et sans le concours de cette derni\u00e8re,\nla t\u00e2che se place alors \u00e0 la limite de l\u2019insurmontable. Il suffit, pour en\nprendre pleinement conscience, d\u2019interroger l\u2019histoire sur le nombre de femmes\nqui eurent \u00e0 occuper un quelconque poste au sein de l\u2019appareil de l\u2019\u00c9tat ou de\nla soci\u00e9t\u00e9 civile. Ministres, ambassadeurs, conseillers, juges, etc., furent\ndans la majorit\u00e9 \u00e9crasante des cas, la chasse gard\u00e9e des hommes. Un nombre qui,\nen dehors du fait d\u2019\u00eatre maigre, demeurait instable d\u00e9pendant de la tol\u00e9rance pratiqu\u00e9e\nselon les \u00e9poques, les conjonctures et les civilisations. Cette tol\u00e9rance porte\nun nom&nbsp;: l\u2019instruction. L\u2019absence de cette derni\u00e8re explique la faillite\nde l&rsquo;intelligentsia f\u00e9minine et le galvaudage d\u2019une certaine \u00ab&nbsp;mentalit\u00e9&nbsp;\u00bb\nau pays des \u00ab&nbsp;hommes&nbsp;\u00bb. En l\u2019absence de cette derni\u00e8re, il est juste\ninenvisageable d\u2019acc\u00e9der aux honneurs et autres avantages que peut conf\u00e9rer la \u00ab\nnoblesse de robe \u00bb. Et lorsque ce chemin d\u2019acc\u00e8s \u00e9tait condamn\u00e9, \u00e7a n\u2019est\ncertainement pas celui de la \u00ab noblesse d&rsquo;\u00e9p\u00e9e \u00bb qui se chargeait d\u2019offrir un quelconque\nr\u00e9confort. <\/p>\n\n\n\n<p>Il est ind\u00e9niable que\nde nos jours, la situation de la femme dans les espaces arabo-musulmans s\u2019est\nnettement am\u00e9lior\u00e9e, sur le plan de l\u2019instruction notamment. Mais pour autant,\nle bilan demeure n\u00e9gatif, tant il reste beaucoup \u00e0 faire et tout autant \u00e0\nam\u00e9liorer. <\/p>\n\n\n\n<p>Une situation qui pose\nquestion sur la nature des causes qui emp\u00eachent le statut de la femme dans ces\nespaces d\u2019\u00e9voluer sans contrainte. Les pistes \u00e0 explorer dans cette veine sont\nnombreuses, mais en t\u00eate de celles-ci, les suivantes demeurent quasiment substantielles\n: <\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Le\n     caract\u00e8re fonci\u00e8rement patriarcal des soci\u00e9t\u00e9s arabo-musulmanes ;<\/li><li>Le niveau\n     d\u2019instruction, notamment au niveau sup\u00e9rieur, qui compte parmi les plus\n     bas connus ;<\/li><li>Le fait que\n     les d\u00e9cideurs (concernant la question du statut de la femme) sont majoritairement,\n     pour ne pas dire exclusivement, des hommes ;<\/li><li>L\u2019alimentation\n     de ces soci\u00e9t\u00e9s, depuis des si\u00e8cles, par un certain discours religieux\n     id\u00e9ologiquement orient\u00e9 et qui ne cesse de rel\u00e9guer la femme \u00e0 un rang subalterne,\n     au point d\u2019en faire un \u00e9ternel mineur.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Ces causes non\nexhaustives contribuent, \u00e0 des niveaux interm\u00e9diaires, \u00e0 entretenir le regard\n\u00ab&nbsp;arbitraire&nbsp;\u00bb des soci\u00e9t\u00e9s arabo-musulmanes \u00e0 l\u2019encontre de la\nfemme, cette derni\u00e8re en t\u00eate. Actrice active ou passive de la soci\u00e9t\u00e9, elle\ncontribue, inconsciemment, \u00e0 l\u2019alimentation de cette ali\u00e9nation dont elle est\nla premi\u00e8re victime. \u00c9cras\u00e9e par le poids de la tradition, des id\u00e9es re\u00e7ues,\ndes discours culpabilisants, elle a fini par les admettre avant d\u2019en faire une\nnorme qu\u2019elle s\u2019attelle elle-m\u00eame \u00e0 vulgariser et \u00e0 transmettre aupr\u00e8s des\nfemmes, de m\u00eame qu\u2019aupr\u00e8s des hommes. Un cercle vicieux dont elle est\nfinalement, inconsciemment, l\u2019acteur et la victime. <\/p>\n\n\n\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s\narabo-musulmanes, comme son nom l\u2019indique, sont port\u00e9es par le discours\nreligieux et guid\u00e9es par la vision qu\u2019il instaure. Un discours et une vision\nqui n\u2019ont eu de cesse d\u2019imputer \u00e0 la femme toute la responsabilit\u00e9 dans un\ncrime qu\u2019elle n\u2019a jamais commis&nbsp;: le l\u00e9gendaire p\u00e9ch\u00e9 originel. Or, il se\ntrouve que sur ce point en question, le Coran est plus qu\u2019explicite. Selon le\nTexte, c\u2019est Adam qui en est le responsable et par cons\u00e9quent \u00ab&nbsp;le\ncoupable&nbsp;\u00bb et non pas Elle. Pourtant, malgr\u00e9 cette \u00e9vidence ind\u00e9niable, l\u2019oligarchie\nsavante musulmane se borna \u00e0 ne voir en la femme qu\u2019un coupable id\u00e9al, responsable\nde tous les maux qui frappent l\u2019humanit\u00e9 (sous-entendu les hommes). \u00c0 ses yeux,\nelle est coupable d\u2019avoir croqu\u00e9 une \u00ab&nbsp;pomme imaginaire&nbsp;\u00bb, causant\npar cette vile \u00ab&nbsp;insubordination&nbsp;\u00bb la perte (aux hommes) du\nconfortable et tr\u00e8s convoit\u00e9 paradis c\u00e9leste. Fort regrettablement, ce sophisme,\nv\u00e9hicul\u00e9 \u00e0 travers la litt\u00e9rature religieuse et les \u00e2ges, a construit et nourri\nle discours des cercles savants. Relais irr\u00e9prochable et insoup\u00e7onnable admis\nau sein de tous les espaces et ne rencontrant aucune forme de r\u00e9sistance, il\nn\u2019eut aucun mal \u00e0 s\u2019enraciner dans l\u2019imaginaire collectif. Impactant\nprofond\u00e9ment et durablement les diff\u00e9rentes couches de la soci\u00e9t\u00e9, il ne\npouvait alors que pointer du doigt une victime toute d\u00e9sign\u00e9e&nbsp;: la femme. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans le monde\narabo-islamique actuel, tout ou presque passe par le discours religieux inspir\u00e9,\nlogiquement, directement des Textes fondateurs&nbsp;: le Coran et la Sunna\n(Tradition proph\u00e9tique).&nbsp; Le recours \u00e0\ncette forme de discours \u00e0 la vitrine sacralis\u00e9e ou pr\u00e9sent\u00e9e comme telle, exerce\nune influence implacable au sein des soci\u00e9t\u00e9s arabo-islamiques actuelles. Se\nressourcer dans cet islam des origines imaginaires, tout en id\u00e9alisant au\nmaximum ses premi\u00e8res heures, est devenu le terreau fertile o\u00f9 se ressource la\nmajorit\u00e9 de ces discours au penchant islamiste. Une posture rh\u00e9torique qui s\u2019att\u00e8le\n\u00e0 forger de toutes pi\u00e8ces identit\u00e9 islamique poste moderne, la f\u00e9minine en\nt\u00eate, sans rupture aucune, en apparence, avec celle des \u00ab pieux anc\u00eatres \u00bb&nbsp;:\nles croyants des premi\u00e8res heures. <\/p>\n\n\n\n<p>Alors que dit le Coran\nau point de permettre \u00e0 ce type de discours r\u00e9gressif et subversif d\u2019exister et\nde demeurer vivace&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement aux id\u00e9es\nre\u00e7ues, le Coran s\u2019attache \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la femme en attribuant \u00e0 la troisi\u00e8me\nplus importante sourate, le titre embl\u00e9matique de \u00ab <em>LES FEMMES <\/em>\u00bb. Une\nsourate polyth\u00e9matique qui exprime, sous le signe pr\u00e9dominant de la femme,\nplusieurs aspects de la vie en communaut\u00e9 qui lui sont intimement attach\u00e9s :\ncelui de la personne, de la famille, de la soci\u00e9t\u00e9, de la nation et de\nl\u2019humanit\u00e9. Un titre distinctif qui mit fin au d\u00e9dain dont elle \u00e9tait\ncoutumi\u00e8re et aux consid\u00e9rations de m\u00e9pris et d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 dont elle \u00e9tait\nvictime. Abrogeant toute distinction entre la femme et l\u2019homme et r\u00e9tablissant\nle principe de parit\u00e9, le Coran r\u00e9it\u00e9ra ce droit \u00e0 maints endroits, en mettant\nl\u2019accent, non pas sur la noblesse du nom ou la hi\u00e9rarchie sociale, mais sur la\npi\u00e9t\u00e9, la droiture et la vertu seules. On peut y lire : \u00ab <em>\u00d4 Hommes! Nous vous\navons cr\u00e9\u00e9s d\u2019un m\u00e2le et d\u2019une femelle, et Nous avons fait de vous des nations\net des tribus afin que vous fassiez connaissance entre vous. Certes, le plus\nnoble d\u2019entre vous, aupr\u00e8s de Dieu, est celui qui a la meilleure conduite <\/em>\u00bb\n[Coran 49:13]. Ainsi, en r\u00e9tablissant la v\u00e9rit\u00e9 sur sa nature, le Coran\nannon\u00e7a, haut et fort, que la femme est l\u00e9gale de l\u2019homme, en indiquant qu\u2019elle\na \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e de la m\u00eame essence, la m\u00eame \u00ab \u00e2me originelle \u00bb [nafs w\u0101\u1e25ida] que\nlui (et non d\u2019une c\u00f4te d\u2019Adam comme le pr\u00e9tendent certains commentateurs). Au\nverset 189 de la sourate n\u00b07, on peut lire : \u00ab <em>C&rsquo;est Lui qui vous a cr\u00e9\u00e9s\nd&rsquo;une seule \u00e2me, depuis laquelle Il a produit sa conjointe afin qu&rsquo;il se repose\naupr\u00e8s d&rsquo;elle <\/em>\u00bb. Repr\u00e9sentant la moiti\u00e9 jumelle de l\u2019homme, cette v\u00e9rit\u00e9\noccult\u00e9e est corrobor\u00e9e par le concept coranique qui indique que de toute chose,\nDieu a \u00ab cr\u00e9\u00e9 un couple \u00bb.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Et dans ce sens, jamais\nla doctrine coranique n\u2019a tenu ou retenu des termes irr\u00e9v\u00e9rencieux \u00e0 son\nendroit. Loin d\u2019\u00eatre vue comme \u00ab agent du diable \u00bb, le Coran gratifia nombre de\nfemmes d\u2019attributs sans mesure commune.&nbsp; Et\nafin de mieux instaurer cette \u00ab&nbsp;parit\u00e9 originelle&nbsp;\u00bb, Dieu missionna\nl\u2019homme et la femme identiquement en tant que repr\u00e9sentants l\u00e9gaux, de m\u00eame,\nqu\u2019Il les d\u00e9signa, \u00e0 parts \u00e9gales, en tant que gardiens du&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;\u00ab d\u00e9p\u00f4t confi\u00e9 \u00bb [am\u0101na]. Un droit\nin\u00e9branlable qui renvoie \u00e0 la notion de la responsabilit\u00e9 commune dans la\ngestion du monde, en invitant l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 \u0153uvrer pour le bien de tous. Et si\nla femme est missionn\u00e9e sur le m\u00eame pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 que l\u2019homme afin d\u2019\u00e9riger\nune civilisation \u00e0 visage humain, c\u2019est donc l\u00e9gitimement que les domaines de\nla politique lui soient accessibles. Au verset 71 de la sourate n\u00b07, on peut\nlire : \u00ab <em>Les croyants et les croyantes sont solidaires les uns des autres.\nIls incitent \u00e0 la pratique du bien, d\u00e9conseillent la pratique du mal <\/em>\u00bb.\n\u00c9voquant la notion de citoyennet\u00e9 \u00e9galitaire, ce verset fait la part belle \u00e0\nl\u2019implication concr\u00e8te de la femme dans les questions politiques, la prise de\nd\u00e9cisions importantes et la gestion de la Cit\u00e9. Balayant toute incertitude,\ncette injonction coranique exhorte la femme, de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019elle l\u2019indique\n\u00e0 l\u2019homme, \u00e0 investir pleinement l\u2019espace sociopolitique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de ces prescriptions\ncoraniques, en partageant les m\u00eames droits et devoirs, hommes et femmes sont\nappel\u00e9s, au nom d\u2019un destin commun et \u00e0 la faveur de leur humanisme, \u00e0 se r\u00e9aliser\nmutuellement avec l\u2019objectif ferme de donner sens et corps \u00e0 leur humanit\u00e9. Or,\nmalgr\u00e9 le caract\u00e8re explicite de ces \u00e9clairages, la femme continue \u00e0 \u00eatre, au\nsein des mondes arabo-islamiques, la victime d\u2019une tradition patriarcale enlis\u00e9e\ndans un pass\u00e9isme grav\u00e9 dans le marbre. Car en marge des commentaires\nex\u00e9g\u00e9tiques fonci\u00e8rement erron\u00e9s, la Tradition proph\u00e9tique est elle aussi\nappel\u00e9e \u00e0 contribution. Avec son concours, le discours religieux ali\u00e9nant se\nborne \u00e0 pr\u00e9senter la femme en tant qu\u2019\u00eatre aux capacit\u00e9s physiques et\nintellectuelles d\u00e9ficientes. Un hadit qui va devenir, vite fait bien fait, le\nfonds de commerce d\u2019une \u00e9cole scl\u00e9ros\u00e9e interdisant et s\u2019interdisant toute forme\nde pens\u00e9e critique ou raisonn\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Les inconditionnels de\nce type de discours omettent ou tentent d\u2019omettre que les \u00e9pouses du Proph\u00e8te\nne s\u2019abstenaient jamais \u00e0 lui pr\u00eater conseil et lui de le leur demander. Une\ncontradiction face \u00e0 laquelle ils pourraient se confondre s\u2019ils ne pouvaient\npr\u00e9tendre que les \u00e9pouses du Proph\u00e8te \u00e9taient d\u2019une essence exceptionnelle,\nsans nul autre pareil. Un argument totalement d\u00e9nu\u00e9 de sens et qui n\u2019engage que\nses narrateurs, en particulier lorsque la Tradition, concernant ce sujet, se\nveut quasiment muette. Et si en admettant que les \u00e9pouses du Proph\u00e8te furent\ndes \u00eatres exceptionnels, que pensent-ils donc des autres femmes cit\u00e9es dans le\nCoran&nbsp;: Marie, la femme de Pharaon ou la m\u00e8re de Mo\u00efse, pour ne mentionner\nqu\u2019elles&nbsp;? La r\u00e9alit\u00e9 est que les inconditionnels de ce type de discours\nsont du m\u00eame profil que ceux qui refusent aux femmes leur droit de conduire une\nvoiture, sous pr\u00e9texte qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un p\u00e9ch\u00e9 capital. Ils oublient, encore\nune fois, que dans la majorit\u00e9 du monde musulman, les femmes ont toujours pu\nconduire des voitures, mais \u00e9galement des trains et des avions. Cette question,\nn\u2019\u00e9tant en aucun cas contraire aux pr\u00e9ceptes de la charia, naturellement, elle\nn\u2019a jamais pos\u00e9 probl\u00e8me, encore moins, inscrite \u00e0 l\u2019ordre du jour. <\/p>\n\n\n\n<p>Les statistiques les\nplus abouties, dans les mondes arabo-islamiques, confirment que l\u2019intelligentsia\nf\u00e9minine accuse une constante augmentation tant au niveau quantitatif que qualitatif.\nEt face \u00e0 une telle croissance, aucun discours id\u00e9ologique pass\u00e9iste ne pourra\nles d\u00e9tourner de sa bonne marche.&nbsp; Et en\ntermes de conclusion, il nous appartient de pr\u00e9ciser que de grandes avanc\u00e9es\nont \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9es concernant les droits des femmes dans les espaces\narabo-islamiques, bien que beaucoup reste \u00e0 faire. Or, cette admirable dynamique\nqui permet aux femmes de se r\u00e9concilier avec leur dignit\u00e9, peine \u00e0 avancer&nbsp;;\nvictime qu\u2019elle est d\u2019un discours id\u00e9ologique misogyne, mison\u00e9iste et\nr\u00e9trograde. Il est grand temps que la femme int\u00e8gre tous les processus de\nd\u00e9cisions, ceux qui la concernent en priorit\u00e9. Ni le Coran ni la charia n\u2019y voient\nd\u2019objection et ils sont loin, contrairement \u00e0 ce qui est v\u00e9hicul\u00e9, de se\nprononcer contre. Ce type de discours discriminatoire infond\u00e9, il est grand\ntemps de le d\u00e9noncer avant de le condamner d\u00e9finitivement. \u00c0 travers le monde, les\ndonn\u00e9es de nature g\u00e9opolitique d\u00e9montrent que les indices d\u2019am\u00e9lioration d\u2019une\nsoci\u00e9t\u00e9, demeurent intrins\u00e8ques, pour ne pas dire tributaires, de la condition de\nla femme. La promotion de cette derni\u00e8re contribue, de fa\u00e7on quasi m\u00e9canique, \u00e0\nla promotion de la soci\u00e9t\u00e9 dans son int\u00e9gralit\u00e9.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>\nLes cas, non exhaustifs, de Myriam Adnani (Maroc) en tant que pilote de ligne\net Mariam al-Mansouri (UAE) en tant que pilote de chasse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Karim Ifrak<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1,23,8,14,19],"tags":[],"class_list":["post-460","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-evenements-a-venir","category-evenements-passes","category-non-classe-en","category-non-classe-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/460","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=460"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/460\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1396,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/460\/revisions\/1396"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}