{"id":494,"date":"2020-03-21T12:20:07","date_gmt":"2020-03-21T11:20:07","guid":{"rendered":"http:\/\/ifeac.fr\/?p=494"},"modified":"2024-06-13T21:34:15","modified_gmt":"2024-06-13T19:34:15","slug":"leurope-est-elle-chretienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ifeac.fr\/?p=494","title":{"rendered":"L\u2019Europe est-elle chr\u00e9tienne ?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Dans une soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9cularis\u00e9e en qu\u00eate de valeurs, chasser le religieux revient \u00e0 en faire la proie des braconniers du fondamentalisme <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Auteur <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/staff\/olivier-roy\/\">Olivier Roy<\/a> <\/p>\n\n\n\n<p>Date 19\noctobre 2018 <\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons l\u2019habitude, aujourd\u2019hui, des d\u00e9bats sur les\nrapports entre Islam et Europe, Islam et la\u00efcit\u00e9, Islam et d\u00e9mocratie\u2026 Or\nderri\u00e8re ces d\u00e9bats se cache un d\u00e9bat plus profond sur la nature m\u00eame de\nl\u2019Europe, et sur sa relation avec le religieux en g\u00e9n\u00e9ral. Une grave crise\nportant sur la d\u00e9finition de l\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne et sur la place du religieux\nest en cours, comme le montre d\u2019ailleurs la radicalisation catholique en France\nautour de la <em>Manif pour Tous<\/em>, voire la radicalisation la\u00efque autour de\nquestions comme l\u2019abattage rituel ou la circoncision.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00c9tat est s\u00e9culier par principe, et tend \u00e0\ns\u00e9culariser la religion. Ce processus historique, issu des trait\u00e9s de\nWestphalie (1648), a progressivement d\u00e9fini une identit\u00e9 chr\u00e9tienne de\nl\u2019Europe, en tant pr\u00e9cis\u00e9ment que \u00ab&nbsp;christianisme s\u00e9cularis\u00e9&nbsp;\u00bb, qui\ns\u2019est longtemps maintenue en d\u00e9pit de l\u2019affaiblissement des pratiques\nreligieuses. Mais la pertinence de ce concept est \u00e0 interroger depuis les ann\u00e9es\n1960 et la rupture du consensus moral qu\u2019il sous-tendait et qui animait\nauparavant en Occident les consciences \u00e0 la fois chr\u00e9tiennes et la\u00efques. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00c9tat ne peut, depuis lors, plus traduire en normes\nles \u00ab&nbsp;valeurs&nbsp;\u00bb car ces derni\u00e8res se sont autonomis\u00e9es dans des\nsph\u00e8res politiques distinctes qui se les disputent \u00e2prement, rompant avec\nplusieurs si\u00e8cles d\u2019un implicite moral partag\u00e9 par la majorit\u00e9 et qui ne\nn\u00e9cessitait pas codification. Face au vide laiss\u00e9 par l\u2019abandon d\u2019un implicite\ncollectif, l\u2019on voudrait codifier le religieux et en limiter toujours davantage\nla place dans l\u2019espace public. Mais l\u2019en chasser revient peut-\u00eatre \u00e0 en faire\nla proie des braconniers du fondamentalisme. Il importerait donc de\nre-socialiser le religieux d\u2019une mani\u00e8re qui rendrait sa visibilit\u00e9 acceptable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019h\u00e9ritage\ndes guerres de religion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019importance du christianisme dans l\u2019Histoire\neurop\u00e9enne, dans l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019Europe, ne fait aucun doute. L\u2019espace qu\u2019on\nappelle Europe aujourd\u2019hui correspond dans le fond \u00e0 l\u2019espace du christianisme\nlatin au XIe si\u00e8cle. Que les principaux concepts juridiques, politiques, etc.,\nqui ont structur\u00e9 la construction \u00e9tatique, puis la construction de l\u2019Europe\naient \u00e9t\u00e9 forg\u00e9s tr\u00e8s largement dans un milieu chr\u00e9tien, cela va de soi. Il est\n\u00e9vident que les premi\u00e8res universit\u00e9s \u00e9taient des institutions religieuses et\nque les premiers intellectuels \u00e9taient des clercs. Ce christianisme n\u2019\u00e9tait pas\nnon plus ferm\u00e9 sur lui-m\u00eame, et il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des \u00e9changes, des apports grecs,\nromains, musulmans, etc. Les \u00e9rudits de l\u2019\u00e9poque \u00e9taient ouverts et prenaient\nleur bien l\u00e0 o\u00f9 ils le trouvaient. Je ne veux pas ici entrer dans une\nreconstruction du Moyen \u00c2ge, o\u00f9 l\u2019on ferait de l\u2019Andalousie le paradigme de la\ncoexistence des religions&nbsp;: ces repr\u00e9sentations sont tr\u00e8s largement des\nconstructions anachroniques (quel multiculturalisme au Moyen \u00c2ge&nbsp;?) qui\nservent \u00e0 penser les probl\u00e9matiques d\u2019aujourd\u2019hui, et que l\u2019on peut\ninstrumentaliser \u00e0 droite comme \u00e0 gauche. Si les festivals \u0153cum\u00e9niques de\nmusiques sacr\u00e9es sont des r\u00e9ussites esth\u00e9tiques, ils ne disent pas grand-chose\ndes relations entre communaut\u00e9s religieuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Le XIe si\u00e8cle est un moment cl\u00e9&nbsp;: au moment\npr\u00e9cis o\u00f9 le grand schisme de 1053 s\u00e9pare d\u00e9finitivement la latinit\u00e9 catholique\nde l\u2019orthodoxie orientale, le violent conflit entre le Pape et l\u2019Empereur, sur\nla source du pouvoir politique et de la l\u00e9gitimit\u00e9, pose la question du lien\nentre religion et politique, entre autorit\u00e9 et pouvoir (<em>auctoritas<\/em> et <em>potestas<\/em>).\n\u00c0 la longue, l\u2019Empereur, ou plut\u00f4t le souverain temporel, gagne. Non pas par la\nvictoire du s\u00e9culier sur le religieux, mais par la d\u00e9finition du pouvoir comme\nexpression de la volont\u00e9 de Dieu. Le pouvoir est l\u00e9gitime en soi comme volont\u00e9,\nc\u2019est-\u00e0-dire comme reflet de la volont\u00e9 de Dieu, le pouvoir l\u2019emporte sur\nl\u2019autorit\u00e9 du savoir&nbsp;: c\u2019est cette matrice th\u00e9ologico-politique qui jouera\nun r\u00f4le cl\u00e9 dans l\u2019\u00e9laboration du concept de nation souveraine et dans celui de\nla Loi comme expression de la volont\u00e9 politique et non pas reflet du droit\nnaturel. Tout cela, le Moyen \u00c2ge l\u2019a tr\u00e8s largement \u00e9labor\u00e9 et d\u00e9battu dans un\nespace de fait europ\u00e9en, o\u00f9 clercs et id\u00e9es circulaient ind\u00e9pendamment de leur\nappartenance \u00ab&nbsp;nationale <em>&nbsp;\u00bb. <\/em>L\u2019\u00c9glise a d\u00e9fini tr\u00e8s t\u00f4t une\nsupranationalit\u00e9 (pardonnez l\u2019anachronisme, puisque le concept d\u2019\u00c9tat-nation\ns\u2019est construit lentement au cours des si\u00e8cles).<\/p>\n\n\n\n<p>La g\u00e9n\u00e9alogie de l\u2019\u00c9tat-nation se solidifie autour des\ntrait\u00e9s de Westphalie de 1648. Cela vient essentiellement de la grande rupture\nde la R\u00e9forme, qui casse l\u2019id\u00e9e de l\u2019universalit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise, et met fin \u00e0 sa\npr\u00e9tention de contr\u00f4ler le politique. Cette coupure fondamentale est toujours\npr\u00e9sente. Mais assimiler l\u2019am\u00e9ricanisation (ou la globalisation) \u00e0 la\nprotestantisation de notre vieille Europe est un peu rapide&nbsp;: le\nprotestantisme est extr\u00eamement divers, et il y a loin de l\u2019auto-s\u00e9cularisation\npropre au luth\u00e9ranisme \u00e0 la r\u00e9surgence d\u2019un calvinisme \u00e9vang\u00e9lique en Am\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est vrai que le grand traumatisme europ\u00e9en\nremonte aux guerres de religion<strong>. <\/strong>Ces guerres d\u00e9marrent sur des questions\nth\u00e9ologiques (la gr\u00e2ce et le salut) consid\u00e9r\u00e9es comme essentielles et non\nn\u00e9gociables par les acteurs \u2014 les deux derni\u00e8res des 95 th\u00e8ses de Martin Luther\nne laissent pas de place au compromis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut exhorter les\nchr\u00e9tiens \u00e0 s\u2019appliquer \u00e0 suivre Christ leur chef \u00e0 travers les peines, la mort\net l\u2019enfer. Et \u00e0 entrer au ciel par beaucoup de tribulations plut\u00f4t que de se\nreposer sur la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019une fausse paix&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>On peut bien s\u00fbr expliquer comment la R\u00e9forme exprime\nplus qu\u2019elle ne cr\u00e9e un bouleversement des cadres sociaux, culturels et\nintellectuels de l\u2019\u00e9poque en faveur de nouveaux acteurs. Mais il n\u2019emp\u00eache que\nl\u2019on se tue bien pour des dogmes et pour la foi. <\/p>\n\n\n\n<p>La violence est religieuse dans son fond comme dans sa\nmise en sc\u00e8ne, comme l\u2019ont montr\u00e9 par exemple Olivier Christin et Denis Crouzet\n<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/#easy-footnote-bottom-1-11295\"><sup>1<\/sup><\/a>.\nOr, il n\u2019y a rien \u00e0 n\u00e9gocier sur le religieux, malgr\u00e9 les efforts incessants\ndes rois et des empereurs (Fran\u00e7ois Ier et Charles Quint par exemple) pour\namener les th\u00e9ologiens des deux camps \u00e0 trouver un compromis (Poissy, Worms,\nRatisbonne). Les religions se r\u00e9v\u00e8lent alors incapables de faire la paix entre\nelles car on ne peut pas n\u00e9gocier sur le dogme, mais seulement sur la place du\nreligieux (avis aux la\u00efques qui veulent r\u00e9former l\u2019Islam&nbsp;!). Comme le\nmontre Olivier Christin, la paix des religions a \u00e9t\u00e9 faite par les politiques,\nen posant justement que c\u2019est le politique qui devait d\u00e9cider de la place du\nreligieux <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/#easy-footnote-bottom-2-11295\"><sup>2<\/sup><\/a>.\nCe n\u2019est nullement la s\u00e9paration, car le politique intervient directement dans\nle religieux (par exemple la D\u00e9claration des Quatre articles en 1682, suscit\u00e9e\npar Louis XIV, affirme la sup\u00e9riorit\u00e9 du concile sur le Pape).<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, on continue \u00e0 promouvoir le dialogue\ninterreligieux pour s\u2019opposer \u00e0 la violence religieuse, mais cela ne marche pas\nplus qu\u2019au XVIe si\u00e8cle. On ne r\u00e9soudra pas des conflits religieux par des\nd\u00e9bats th\u00e9ologiques. Commencer par la question th\u00e9ologique est une impasse.\nPetit \u00e0 petit, les politiques des XVIe et XVIIe si\u00e8cles comprirent que les\nguerres de Religion n\u2019\u00e9taient pas gagnables&nbsp;: l\u2019\u00c9tat a donc d\u00e9cid\u00e9 de\nfaire lui-m\u00eame la paix religieuse, en organisant la place du religieux,\nr\u00e9solvant ainsi le vieux conflit entre le Pape et l\u2019Empereur au profit de ce\ndernier. C\u2019est ce que signifie le principe <em>Cujus regio, Ejus religio <\/em>&nbsp;:\nle souverain d\u00e9cide du religieux. C\u2019est l\u2019\u00c9tat qui fixe les r\u00e8gles du jeu en\nmati\u00e8re de religion, et ce jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>De toute fa\u00e7on, m\u00eame dans un \u00c9tat religieux, comme la\nR\u00e9publique Islamique d\u2019Iran, c\u2019est le politique qui d\u00e9cide du religieux. Il n\u2019y\na nulle part d\u2019instance religieuse autonome et ind\u00e9pendante qui dicterait \u00e0\nl\u2019\u00c9tat ce que devrait \u00eatre un \u00c9tat religieux. En 1995, j\u2019ai donn\u00e9 une\nconf\u00e9rence \u00e0 Qom en Iran, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 islamique Moufid, qui m\u2019avait demand\u00e9\nde venir faire m\u2019expliquer sur le titre de mon dernier livre, <em>L\u2019\u00e9chec de\nl\u2019Islam politique <\/em><a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/#easy-footnote-bottom-3-11295\"><sup>3<\/sup><\/a>.\nJe d\u00e9veloppe mon propos et pose la question de savoir qui d\u00e9cide de l\u2019islamit\u00e9\ndes lois vot\u00e9es par le parlement. Un conseil des Gardiens est certes pr\u00e9vu par\nla constitution pour valider l\u2019islamit\u00e9 des lois vot\u00e9es par le Parlement. Mais\nles conflits entre les deux institutions sont permanents. <\/p>\n\n\n\n<p>Alors intervient une troisi\u00e8me instance, le conseil\ndes Experts, qui doit mettre d\u2019accord le conseil des Gardiens et le parlement.\nCette instance est constitu\u00e9e des hommes du pouvoir, de cette \u00e9quipe dirigeante\nqui a fait la r\u00e9volution<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/#easy-footnote-bottom-4-11295\"><sup>4<\/sup><\/a>.\nJe pose la question classique \u00ab&nbsp;<em>Qui garde les gardiens&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb,\nc\u2019est-\u00e0-dire qui d\u00e9cide en derni\u00e8re instance de la v\u00e9rit\u00e9 religieuse. Alors, un\nmollah au fond de la salle l\u00e8ve la main et crie \u00ab&nbsp;la\nKalachnikov&nbsp;!&nbsp;\u00bb<em>. <\/em>La r\u00e9action fut tr\u00e8s mitig\u00e9e dans la salle,\nmais l\u2019argument \u00e9tait pos\u00e9 de mani\u00e8re juste. Nulle part un th\u00e9ologien n\u2019ira\nimpun\u00e9ment taper \u00e0 la porte du dictateur, du pr\u00e9sident, ou du pouvoir en\ng\u00e9n\u00e9ral pour contester la conformit\u00e9 d\u2019un argument du pouvoir politique sur des\ntermes religieux. Cet individu finira invariablement en prison, en Iran comme\nen Arabie Saoudite (et autrefois sur le b\u00fbcher comme Savonarole \u00e0 Florence)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Souverainet\u00e9\net s\u00e9cularisation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00c9tat est s\u00e9culier, et cela n\u2019a rien \u00e0 voir avec la\npratique religieuse des populations. Il existe des \u00c9tats s\u00e9culiers o\u00f9 la\npratique religieuse est tr\u00e8s forte, par exemple les \u00c9tats-Unis, o\u00f9 le premier\namendement d\u00e9fend la s\u00e9paration du religieux et du politique. La diff\u00e9rence\navec la France r\u00e9side dans le fait que dans le syst\u00e8me am\u00e9ricain, la s\u00e9paration\nprot\u00e8ge le religieux du politique, alors qu\u2019en France, elle prot\u00e8ge le\npolitique du religieux. Les \u00c9tats-Unis n\u2019en restent pas moins un pays de\nstricte s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat. En France, la loi de 1905 s\u00e9pare\nd\u2019abord l\u2019\u00c9glise catholique et l\u2019\u00c9tat r\u00e9publicain. Ce n\u2019est pas une loi de\ns\u00e9paration des religions en g\u00e9n\u00e9ral. Les Isra\u00e9lites et les protestants ont\nsoutenu cette loi.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons donc deux formes de s\u00e9cularisation, la\ns\u00e9cularisation politique, celle de la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat (la\nla\u00efcit\u00e9 juridique), et la s\u00e9cularisation sociologique, qui est celle de la\nchute des pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut distinguer la\u00efcit\u00e9 et s\u00e9cularisation&nbsp;:\nune soci\u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement s\u00e9cularis\u00e9e peut n\u2019\u00eatre pas la\u00efque (Grande-Bretagne et\nDanemark) et une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s religieuse peut \u00eatre la\u00efque (Inde, \u00c9tats-Unis et\nItalie). La \u00ab&nbsp;la\u00efcit\u00e9&nbsp;\u00bb n\u2019est pas la cons\u00e9quence m\u00e9canique d\u2019une\nd\u00e9christianisation due \u00e0 la s\u00e9cularisation de la soci\u00e9t\u00e9. Le gallicanisme\ninterdisait au Pape de communiquer directement avec les catholiques (par\nexemple un cur\u00e9 ne pouvait lire en chaire une d\u00e9claration du Pape), sans\nl\u2019approbation du Roi. L\u2019\u00c9tat s\u2019imposait contre la papaut\u00e9 mais le roi Louis XIV\n\u00e9tait lui-m\u00eame un grand d\u00e9vot.<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9cularisation n\u2019est pas non plus n\u00e9cessairement\nune d\u00e9christianisation. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais il se trouve qu\u2019en Europe, elle l\u2019a aussi \u00e9t\u00e9.\nCette d\u00e9christianisation est sociologiquement mesurable. Par exemple,\nhistoriquement on l\u2019a faite par l\u2019\u00e9tude des testaments. Jusqu\u2019au milieu du\nXVIIIe si\u00e8cle, les hommes et femmes dot\u00e9s d\u2019un patrimoine tendent \u00e0 l\u00e9guer une\npartie plus ou moins importante \u00e0 l\u2019\u00c9glise \u00e0 leur mort, pour assurer le salut\nde leur \u00e2me<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/#easy-footnote-bottom-5-11295\"><sup>5<\/sup><\/a>.\nAu XVIIIe, les femmes continuent \u00e0 l\u00e9guer dans la m\u00eame proportion, tandis que\nles legs masculins chutent. Au XIXe si\u00e8cle, le ph\u00e9nom\u00e8ne se poursuit avec la\nmont\u00e9e du dimorphisme sexuel dans l\u2019\u00c9glise. Si le clerg\u00e9 reste masculin,\nl\u2019assistance des paroisses se f\u00e9minise de plus en plus, tandis que le nombre de\nnonnes d\u00e9passe le nombre de moines. De nombreux crit\u00e8res objectifs de pratique\nreligieuses sont au XXe \u00e9tablis par les sociologues. Leur travail est facilit\u00e9\navec l\u2019\u00c9glise catholique, puisque c\u2019est une bureaucratie qui tient des\nregistres. On a des registres de participation \u00e0 la messe, du denier de\nSaint-Pierre, des bapt\u00eames, des confessions, etc. Aujourd\u2019hui encore, l\u2019\u00c9glise\na un registre des conversions, qu\u2019elle ne montre pas trop pour ne pas cr\u00e9er des\nprobl\u00e8mes. On sait par exemple parfaitement le nombre de musulmans qui se\nconvertissent chaque ann\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9glise catholique. Les statistiques pour les\nprotestants sont moins bien tenues.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons donc deux formes de s\u00e9cularisation, la\ns\u00e9cularisation politique, celle de la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat (la\nla\u00efcit\u00e9 juridique), et la s\u00e9cularisation sociologique, qui est celle de la\nchute des pratiques. Ce sont deux ph\u00e9nom\u00e8nes qui sont le plus souvent\nparall\u00e8les. Au moment du trait\u00e9 de Westphalie et des d\u00e9buts de la\ns\u00e9cularisation politique, toute l\u2019Europe est croyante. Au XIXe si\u00e8cle commence\nen effet une s\u00e9cularisation sociologique en France. Mais l\u2019observation n\u2019est\npas vraie de toutes les soci\u00e9t\u00e9s. Le cas du Qu\u00e9bec est int\u00e9ressant. Tr\u00e8s\ncatholique jusqu\u2019en 1960, la pratique s\u2019y \u00e9croule en dix ans dans les ann\u00e9es\n1960. Encore plus r\u00e9cent est le cas de l\u2019Irlande, qui s\u2019est d\u00e9catholicis\u00e9e\nencore en dix ans. Le prochain pays \u00e0 se d\u00e9catholiciser sera sans doute la\nPologne, dernier bastion de l\u2019identit\u00e9 catholique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut distinguer la\u00efcit\u00e9 et s\u00e9cularisation&nbsp;:\nune soci\u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement s\u00e9cularis\u00e9e peut n\u2019\u00eatre pas la\u00efque (Grande-Bretagne et\nDanemark) et une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s religieuse peut \u00eatre la\u00efque (Inde, \u00c9tats-Unis et\nItalie)<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci dit, la chute de la pratique religieuse n\u2019enl\u00e8ve\npas sa pertinence \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence religieuse. Selon la formule fameuse de Marcel\nGauchet, si \u00ab&nbsp;le christianisme est la religion de la sortie de la\nreligion&nbsp;\u00bb, alors la culture europ\u00e9enne dominante est un christianisme\ns\u00e9cularis\u00e9. Cette th\u00e8se, sous des formes diff\u00e9rentes, existe depuis Feuerbach,\nvoire Hegel, et est reprise par Max Weber et Pierre Legendre. Ce n\u2019est pas\nparce que les gens ne croient plus que la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est plus chr\u00e9tienne dans\nses concepts fondateurs (le \u00ab&nbsp;for int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb), ses valeurs, et ses\ninstitutions. On peut encore rappeler l\u2019influence du christianisme dans le\ndroit, ou bien le r\u00f4le de l\u2019Inquisition dans la construction de l\u2019enqu\u00eate\npolici\u00e8re et l\u2019importance de l\u2019aveu. Les cultures artistiques et philosophiques\nde l\u2019Europe moderne sont bien ancr\u00e9es dans le christianisme. M\u00eame Descartes a\npass\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 tenter de prouver l\u2019existence de Dieu, pour se faire\npardonner son invention du <em>Cogito<\/em> qui rendait la v\u00e9rit\u00e9 autonome.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Europe\nest-elle chr\u00e9tienne&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e d\u2019une identit\u00e9 chr\u00e9tienne\nde l\u2019Europe, et mettre en avant ses \u00ab&nbsp;racines chr\u00e9tiennes&nbsp;\u00bb, sans se\nvoir opposer la chute de la pratique et l\u2019effacement de la foi. On peut tout \u00e0\nfait se r\u00e9clamer d\u2019une culture chr\u00e9tienne et ne pas croire en Dieu, comme\nMaurras, ou m\u00eame Jean-Marie Le Pen. Pour eux, la foi importe peu mais le\ncatholicisme joue un r\u00f4le fondamental en Europe, parce que la culture dominante\nest consid\u00e9r\u00e9e comme un christianisme s\u00e9cularis\u00e9. Incidemment, on dit souvent\naujourd\u2019hui \u00ab&nbsp;jud\u00e9o-christianisme&nbsp;\u00bb, mais l\u2019expression n\u2019a pas de\nsens. Ce qui est pass\u00e9 du juda\u00efsme au christianisme, c\u2019est ce que l\u2019\u00c9glise a\nbien voulu y laisser passer, et l\u2019\u00c9glise n\u2019y a pas laiss\u00e9 passer grand-chose. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019\u00c9glise, l\u2019un des pires p\u00e9ch\u00e9s consistait \u00e0\n\u00ab&nbsp;juda\u00efser&nbsp;\u00bb le catholicisme. L\u2019\u00c9glise a alors fait la police de ce\nqui pouvait sortir du ghetto. Quand la culture juive est pass\u00e9e au XIXe dans la\nculture dominante, ce qu\u2019on appelle m\u00e9taphoriquement la \u00ab&nbsp;sortie du\nghetto&nbsp;\u00bb (qui a parfois un aspect tr\u00e8s concret), c\u2019est l\u2019essor de la\ngrande culture Yiddish, qui bien qu\u2019influenc\u00e9e par la religion est une culture\ns\u00e9culi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019au milieu du XXe si\u00e8cle, l\u2019id\u00e9e que la culture\ndominante est un christianisme s\u00e9cularis\u00e9 allait donc sans dire. On peut \u00e0\nl\u2019\u00e9poque parler de l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne de l\u2019Europe sans \u00e9voquer la question\nde la foi, de la croyance, ou de l\u2019\u00c9glise comme institution. Quand les p\u00e8res\nfondateurs de l\u2019Europe, Robert Schuman, Jean Monnet, De Gasperi ou Adenauer\nlancent la construction europ\u00e9enne, leur groupe est compos\u00e9 aux deux tiers de\ncatholiques pratiquants, avec un tiers de sociaux-d\u00e9mocrates. Il ne leur est\njamais venu \u00e0 l\u2019esprit d\u2019inscrire l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne de l\u2019Europe dans aucun\ndes textes fondateurs, non parce qu\u2019ils \u00e9taient des la\u00efcs ou parce qu\u2019ils\navaient peur de d\u00e9clencher des r\u00e9actions hostiles mais parce qu\u2019au contraire il\n\u00e9tait tellement \u00e9vident pour eux que la culture europ\u00e9enne \u00e9tait un\nchristianisme s\u00e9cularis\u00e9 qu\u2019ils ne voyaient pas l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une redondance.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e d\u2019une identit\u00e9 chr\u00e9tienne\nde l\u2019Europe, et mettre en avant ses \u00ab&nbsp;racines chr\u00e9tiennes&nbsp;\u00bb, sans se\nvoir opposer la chute de la pratique et l\u2019effacement de la foi.<\/p>\n\n\n\n<p>La question s\u2019est pos\u00e9e en termes explicites \u00e0 la fin\ndes ann\u00e9es 1990, lorsque des d\u00e9put\u00e9s europ\u00e9ens proposent de mentionner les\nracines chr\u00e9tiennes de l\u2019Europe dans le pr\u00e9ambule de la constitution\neurop\u00e9enne. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi rappeler les \u00e9vidences&nbsp;? Si on veut\nrappeler une \u00e9vidence, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019\u00e9vidence.\nBien s\u00fbr, pour beaucoup de partisans de la r\u00e9f\u00e9rence aux racines religieuses de\nl\u2019Europe, il s\u2019agit de s\u2019opposer \u00e0 l\u2019Islam et \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la Turquie dans\nl\u2019Union europ\u00e9enne. Depuis, la r\u00e9f\u00e9rence identitaire au christianisme semble\npour beaucoup \u00eatre purement incantatoire et r\u00e9active&nbsp;: il s\u2019agit de dire\nque l\u2019Islam n\u2019a pas de place en Europe. Mais pour les deux Papes qui ont\nd\u00e9fendu cette r\u00e9f\u00e9rence (Jean-Paul II et Beno\u00eet XVI), elle \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre\npurement incantatoire&nbsp;: il s\u2019agissait en effet pour eux deux de ramener\nl\u2019Europe \u00e0 ses racines, de tourner le dos \u00e0 une culture dominante totalement\ns\u00e9cularis\u00e9e devenue pour le Pape Jean Paul-II une \u00ab&nbsp;culture de la\nmort&nbsp;\u00bb (expression mentionn\u00e9e douze fois dans l\u2019encyclique <em>Evangelium\nvitae<\/em> de 1995). <\/p>\n\n\n\n<p>En un mot, l\u2019\u00c9glise catholique pense qu\u2019il n\u2019y a pas\nd\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne sans retour aux valeurs chr\u00e9tiennes, alors que tant les populistes\nd\u2019Europe du Nord que les militants la\u00efcs de tout bord d\u00e9fendent, sous le nom\nd\u2019Europe chr\u00e9tienne, les valeurs issues de la s\u00e9cularisation (droits de la\nfemme et des LGBT). Bref, la question de l\u2019identit\u00e9 pose la question des\nvaleurs. Et c\u2019est ici que les choses sont plus compliqu\u00e9es. Comment peut-on dire\nque la culture europ\u00e9enne est une s\u00e9cularisation du christianisme si les\nvaleurs dominantes ne sont plus des valeurs chr\u00e9tiennes s\u00e9cularis\u00e9es&nbsp;? Que\nsignifie invoquer une r\u00e9f\u00e9rence chr\u00e9tienne dans l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le concile Vatican II dans les ann\u00e9es 1960 voit le\ntriomphe de l\u2019auto-s\u00e9cularisation du religieux. Dieu parle s\u00e9culier (dans la\nligne du th\u00e9ologien luth\u00e9rien Dietrich Bonhoeffer). Les pr\u00eatres s\u2019habillent\ncomme tout le monde (en attendant la fin programm\u00e9e du c\u00e9libat), les \u00e9glises\nn\u2019ont plus de clocher, elles se cachent (comme les gares) dans l\u2019urbanisme\nmoderne. Le passage aux langues vernaculaires \u00e9dulcore la vigueur du dogme en\nlatin, l\u2019enfer se vide, en tout cas dans l\u2019au-del\u00e0, car ici-bas ce sont les\nautres. C\u2019est le triomphe du s\u00e9cularisme, dans ce qu\u2019Habermas appelle la\ntranslation. <\/p>\n\n\n\n<p>En abordant son <em>aggiornamento<\/em>, l\u2019\u00c9glise se\ndemande alors comment d\u00e9velopper une pastorale dans une soci\u00e9t\u00e9 devenue\nanalphab\u00e8te sur le plan religieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisque les la\u00efcs ne comprennent plus rien au sacr\u00e9, et\nqu\u2019ils trouvent les croyants au mieux bizarres, au pire fanatiques, si les\ncroyants veulent vivre paisiblement leurs convictions dans la soci\u00e9t\u00e9\ns\u00e9cularis\u00e9e, ils doivent les transcrire en langue la\u00efque. L\u2019\u00c9glise a bien\ncompris cette traduction&nbsp;: la lutte contre l\u2019avortement devient la\n\u00ab&nbsp;lutte pour la vie&nbsp;\u00bb. La d\u00e9fense de la famille traditionnelle\ndevient le refus d\u2019une \u00ab&nbsp;r\u00e9volution anthropologique dans les soci\u00e9t\u00e9s\noccidentales&nbsp;\u00bb. On ne parle plus des normes divines ou de la volont\u00e9 de\nDieu. Le discours de l\u2019\u00c9glise ne dit plus s\u2019opposer \u00e0 l\u2019avortement \u00e0 cause de\ntel passage des \u00c9critures, mais au nom du droit \u00e0 la vie. Sur Vatican II, il\nest int\u00e9ressant d\u2019\u00e9couter la position des traditionalistes ennemis du concile.\nCe n\u2019est pas parce qu\u2019ils sont de droite ou d\u2019extr\u00eame-droite que leurs\narguments sont fallacieux<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/#easy-footnote-bottom-6-11295\"><sup>6<\/sup><\/a>.\nLe passage du latin au fran\u00e7ais comme langue liturgique a donn\u00e9 lieu \u00e0 une\n\u00e9dulcoration des formulations latines. Certaines pri\u00e8res ne sont aujourd\u2019hui\nautoris\u00e9es qu\u2019en latin, comme la pri\u00e8re pour la conversion des juifs (<em>oremus\net pro perfidis judaeis<\/em>), pour sauver les apparences (on dit alors que <em>perfidus<\/em>\nne se traduit pas par <em>perfide<\/em>)<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/#easy-footnote-bottom-7-11295\"><sup>7<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>En abordant son <em>aggiornamento<\/em>, l\u2019\u00c9glise se\ndemande alors comment d\u00e9velopper une pastorale dans une soci\u00e9t\u00e9 devenue\nanalphab\u00e8te sur le plan religieux. Les auteurs de la loi de 1905 connaissaient\nparfaitement l\u2019\u00c9glise, certains d\u2019entre eux \u00e9taient d\u2019anciens s\u00e9minaristes,\ndont \u00c9mile Combes. Si l\u2019on avait demand\u00e9 \u00e0 ces la\u00efcs de 1905 la d\u00e9finition de\nla transsubstantiation, de la communion, de la Trinit\u00e9, ils auraient r\u00e9pondu\nsans h\u00e9sitation&nbsp;; le dernier des pr\u00e9sidents alphab\u00e9tis\u00e9s religieusement\nfut Mitterrand. La p\u00e9riode actuelle est caract\u00e9ris\u00e9e par cet analphab\u00e9tisme\ng\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Si on demande dans la rue \u00e0 des passants les trois personnes de la\nTrinit\u00e9, il est probable qu\u2019ils vous r\u00e9pondront Marie, J\u00e9sus et Dieu. Ne leur\ndemandez pas ce qu\u2019est l\u2019Eucharistie. Les Qu\u00e9b\u00e9cois, on le sait, jurent en\nutilisant un vocabulaire religieux (on dit \u00ab&nbsp;tabernacle&nbsp;\u00bb plut\u00f4t que\n\u00ab&nbsp;b\u2026 de m\u2026&nbsp;\u00bb). Or, une campagne de communication avait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e\ndans les ann\u00e9es 2000 par l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 de Montr\u00e9al pour ramener les gens \u00e0\nl\u2019alphab\u00e9tisme religieux (les pr\u00eatres \u00e9tant aux avant-postes pour observer la\nd\u00e9christianisation). Sur l\u2019autoroute, une grande pancarte indiquait \u00ab&nbsp;<em>Tabernacle<\/em>&nbsp;\u00bb,\nun peu plus loin une autre \u00ab&nbsp;<em>Savez-vous ce que c\u2019est&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb\n(la r\u00e9ponse suppos\u00e9e \u00e9tant <em>\u00ab&nbsp;ben quoi&nbsp;! un gros mot&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb),\npuis une troisi\u00e8me \u00ab&nbsp;<em>Demandez \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque, tapez eveque.com<\/em>&nbsp;\u00bb.\nLes gens continuaient \u00e0 jurer sans plus savoir le sens des mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ann\u00e9es 1960 sont selon moi une p\u00e9riode cl\u00e9,\n\u00e9quivalente aux ann\u00e9es juste apr\u00e8s 1517 et la publication des 95 th\u00e8ses. Apr\u00e8s\nVatican II, triomphe de l\u2019auto-s\u00e9cularisation du religieux, vient en 1968 <em>Humanae\nVitae<\/em>, encyclique qui d\u00e9fend une position maximaliste interdisant toute\npratique sexuelle non destin\u00e9e \u00e0 la procr\u00e9ation. Les catholiques ne comprennent\npas ce coup de tonnerre dans un ciel bleu. Les la\u00efcs s\u2019indignent de ce pape\nr\u00e9actionnaire. Pourquoi, alors que l\u2019\u00c9glise avait mis en place une th\u00e9ologie de\nla modernit\u00e9, insiste-elle \u00e0 ce point sur la norme&nbsp;? Parce que nous nous\ntrouvons alors sur un pivot, la rupture fondamentale des ann\u00e9es 1960&nbsp;: les\nnouvelles valeurs fond\u00e9es sur l\u2019individualisation, la libert\u00e9 et la\nvalorisation du d\u00e9sir ne sont plus des valeurs chr\u00e9tiennes s\u00e9cularis\u00e9es. La\nlibert\u00e9 de la personne l\u2019emporte sur toutes les normes transcendantes, il n\u2019y a\nplus de morale naturelle. Il n\u2019y a plus de morale partag\u00e9e. Les valeurs\nchr\u00e9tiennes reviennent alors sous forme de normes explicites, parce qu\u2019elles ne\nsont plus comprises et partag\u00e9es. Mais comme nous le verrons, c\u2019est aujourd\u2019hui\nla culture elle-m\u00eame qui se reformule comme syst\u00e8me de normes explicites. En ce\nsens, \u00ab&nbsp;<em>Metoo<\/em>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>Balance ton porc<\/em>&nbsp;\u00bb sont\nl\u2019\u00ab&nbsp;<em>Humanae Vitae <\/em>&nbsp;\u00bb des la\u00efques qui d\u00e9couvrent enfin leur <em>mea\nmaxima culpa<\/em> avec cinquante ans de retard&nbsp;: le sexe demande une norme<\/p>\n\n\n\n<p>Jusque dans les ann\u00e9es 1960, dans le cadre de cette\nculture dominante chr\u00e9tienne s\u00e9cularis\u00e9e, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la loi naturelle,\n\u00e9labor\u00e9e entre autres par saint Thomas d\u2019Aquin, fait qu\u2019il n\u2019y a pas besoin\nd\u2019\u00eatre croyant pour \u00eatre moralement bon. L\u2019humanit\u00e9 partage une morale\nnaturelle fond\u00e9e sur une loi naturelle. Jules Ferry, dans sa \u00ab&nbsp;Lettre aux\ninstituteurs&nbsp;\u00bb, leur explique qu\u2019ils trouveront d\u2019eux-m\u00eames des paroles\nqui ne heurteront aucun \u00ab&nbsp;p\u00e8re de famille&nbsp;\u00bb. Pour Jules Ferry, il est\n\u00e9vident qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque il n\u2019y a qu\u2019une morale partag\u00e9e par tous (il la compare \u00e0\nl\u2019arithm\u00e9tique dans l\u2019\u00e9vidence qu\u2019elle implique). <\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, on continue \u00e0 promouvoir le dialogue\ninterreligieux pour s\u2019opposer \u00e0 la violence religieuse, mais cela ne marche pas\nplus qu\u2019au XVIe si\u00e8cle. On ne r\u00e9soudra pas des conflits religieux par des\nd\u00e9bats th\u00e9ologiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La lutte entre l\u2019\u00c9tat r\u00e9publicain et l\u2019\u00c9glise\ncatholique est politique, non morale. Mais dans les ann\u00e9es 1960, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0\nla morale naturelle dispara\u00eet&nbsp;: celle-ci n\u2019est, pour la nouvelle\ng\u00e9n\u00e9ration en r\u00e9volte, qu\u2019un habillage id\u00e9ologique de l\u2019ordre conservateur et\npatriarcal (on accuse le capitalisme aussi, sans voir qu\u2019il s\u2019accommode fort\nbien du relativisme moral). Ce n\u2019est pas tant que la s\u00e9cularisation marque de\nnouveaux points (on \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans des soci\u00e9t\u00e9s largement s\u00e9cularis\u00e9es), mais\nc\u2019est plut\u00f4t la disparition de la zone grise entre les croyants et les non-croyants,\nc\u2019est-\u00e0-dire le consensus plus ou moins large sur des questions fondamentales&nbsp;:\nla d\u00e9finition de la famille, le rejet de l\u2019homosexualit\u00e9, la division des r\u00f4les\nentre les sexes, la dissym\u00e9trie des rapports \u00e0 la sexualit\u00e9, etc. Les ann\u00e9es\n1950 avaient \u00e9t\u00e9 bien s\u00fbr des ann\u00e9es de conflit politique intense en France\nopposant cathos et la\u00efcs, mais ce conflit ne portait pas sur les valeurs mais\nsur le contr\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9 civile. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019Ouest de la France, par exemple, existaient\ndeux soci\u00e9t\u00e9s&nbsp;: la paroisse avec son patronage et le cercle la\u00efque. Chacun\navait ses institutions de sociabilit\u00e9, son club de foot, son bal (il faut bien\nque le groupe se reproduise), son cin\u00e9-club, ses colos de vacances, ses\nconf\u00e9rences. Les mariages mixtes \u00e9taient rares. Les deux soci\u00e9t\u00e9s n\u2019\u00e9taient\ncependant pas vraiment en d\u00e9saccord sur la question des valeurs. Par exemple,\nen 1967, au moment de la campagne pour l\u00e9galiser les contraceptifs, Jeannette\nVermeersch, la compagne de Maurice Thorez et l\u2019\u00e9g\u00e9rie du Parti Communiste, fit\nune grande d\u00e9claration selon laquelle la contraception \u00e9tait un complot bourgeois\npour limiter les naissances dans la classe ouvri\u00e8re. En Italie, on pouvait\ns\u2019entretuer sur les questions politiques, mais le consensus subsistait sur les\nquestions priv\u00e9es de la famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce consensus se brise totalement dans les ann\u00e9es 1960,\net les zones grises disparaissent (et avec elle, tr\u00e8s logiquement, les\n\u00ab&nbsp;cathos de gauche&nbsp;\u00bb). On peut constater l\u2019\u00e9volution de la paroisse\nterritoriale. Le bapt\u00eame dans une paroisse ouvrait automatiquement le droit aux\nprestations de l\u2019\u00c9glise. C\u2019\u00e9tait un droit d\u2019\u00eatre mari\u00e9 dans l\u2019\u00e9glise qui vous\navait vu na\u00eetre. Mais \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, on voit arriver de jeunes cur\u00e9s\nqui demandent aux candidats s\u2019ils font bien partie de la \u00ab&nbsp;communaut\u00e9&nbsp;\u00bb,\ncar on ne les voit pas \u00e0 la messe du dimanche. On constate ce glissement de la\nparoisse \u00e0 la communaut\u00e9, \u00e0 un ensemble de gens qui partagent les m\u00eames\nconvictions, et n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 changer d\u2019\u00e9glise en fonction de leur\n\u00ab&nbsp;sensibilit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;; on assiste au d\u00e9veloppement des fraternit\u00e9s\nnon dioc\u00e9saines de \u00ab&nbsp;droit pontifical&nbsp;\u00bb (en Italie, les <em>Focolari<\/em>,\nCommunion et Lib\u00e9ration, Sant\u2019Egidio). Les communaut\u00e9s de foi d\u00e9finissent un\ndehors et un dedans. C\u2019est la disparition des ti\u00e8des et des agnostiques. On\nn\u2019accepte dans la communaut\u00e9 que les vrais, ceux qui s\u2019engagent pleinement. Sinon,\nil faut obtenir son \u00ab&nbsp;ticket d\u2019entr\u00e9e&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que les cur\u00e9s\ndonnent par exemple une p\u00e9riode de formation pour expliquer ce qu\u2019est le\nmariage chr\u00e9tien aux futurs \u00e9poux, etc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Crise de la\nculture et retour de la norme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On ne partage donc plus les m\u00eames valeurs. Ce que les\nAm\u00e9ricains appellent les \u00ab&nbsp;<em>Culture Wars<\/em>&nbsp;\u00bb ne sont pas des\nguerres de culture (rien de huntingtonien ici), mais des guerres sur les\nvaleurs. Dans les ann\u00e9es 1970, le d\u00e9bat politique cesse de porter sur\nl\u2019\u00e9conomie ou la politique \u00e9trang\u00e8re, mais commence \u00e0 se centrer sur les\n\u00ab&nbsp;valeurs&nbsp;\u00bb. Aujourd\u2019hui, les conflits ont lieu sur des concepts\nessentiels comme la d\u00e9finition de la famille, la question du genre,\nl\u2019avortement, le mariage gay, tous devenus des sujets politiques centraux\n(remarquons que le d\u00e9bat sur l\u2019immigration et les r\u00e9fugi\u00e9s se centre aussi sur\nla question des \u00ab&nbsp;valeurs&nbsp;\u00bb et de l\u2019identit\u00e9, comme l\u2019a montr\u00e9\nl\u2019impact des agressions sexuelles de Cologne le 31 d\u00e9cembre 2016).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Metoo<\/em>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>Balance ton\nporc<\/em>&nbsp;\u00bb sont l\u2019\u00ab&nbsp;<em>Humanae Vitae <\/em>&nbsp;\u00bb des la\u00efques qui\nd\u00e9couvrent enfin leur <em>mea maxima culpa<\/em> avec cinquante ans de\nretard&nbsp;: le sexe demande une norme<\/p>\n\n\n\n<p>La culture dominante, d\u00e9sormais, n\u2019est plus le\nchristianisme s\u00e9cularis\u00e9. Je m\u2019inscris ici en rupture avec Marcel Gauchet ou\nPierre Legendre. L\u2019\u00c9glise fut consciente tr\u00e8s t\u00f4t du fait que nous ne\npartagions plus les m\u00eames valeurs (c\u2019est bien le sens <em>d\u2019Humanae Vitae<\/em>). Pendant\nle d\u00e9bat sur le mariage homosexuel, ce fut la premi\u00e8re fois en France que les\ncatholiques descendaient dans la rue en tant que catholiques depuis 1904. En\n1984, pour la d\u00e9fense de l\u2019\u00c9cole libre, ils ne manifestaient pas en tant que\ncatholiques, et ils n\u2019\u00e9taient pas seuls dans la rue. Depuis le toast du\ncardinal Lavigerie en 1890, l\u2019\u00e9piscopat comme la papaut\u00e9 avaient toujours\nrefus\u00e9 que les catholiques fran\u00e7ais s\u2019organisent comme parti politique&nbsp;:\nmais aujourd\u2019hui \u00ab&nbsp;Sens Commun&nbsp;\u00bb est une innovation et une rupture.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sormais, les communaut\u00e9s de foi se replient sur\nelles-m\u00eames et consid\u00e8rent que le monde qui les entoure n\u2019est pas s\u00e9culier mais\nprofane, voire pa\u00efen. En m\u00eame temps, l\u2019\u00e9piscopat et le Vatican ne veulent pas\nen tirer les cons\u00e9quences et cherchent \u00e0 revenir sur la grande rupture. Les\ndeux papes pr\u00e9c\u00e9dents, Jean-Paul II et Beno\u00eet XVI, \u00e9taient des papes de la\nReconqu\u00eate, ils consid\u00e9raient que la culture dominante \u00e9tait une culture de\nmort, mais qu\u2019en revenant \u00e0 ses racines on pouvait la ramener \u00e0 la vie.\nJean-Paul II exhortait les catholiques fran\u00e7ais par son fameux \u00ab&nbsp;France,\nqu\u2019as-tu fait de ton bapt\u00eame&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Beno\u00eet XVI aussi fait toujours\nappel aux racines chr\u00e9tiennes. Mais pour eux, le christianisme n\u2019est pas une\nidentit\u00e9, c\u2019est une foi. Pour redonner sa christianit\u00e9 \u00e0 la culture europ\u00e9enne,\nil faudrait revenir \u00e0 la foi, ou du moins il faudrait qu\u2019une partie suffisante\nde la population y revienne, pour redonner une \u00e2me \u00e0 l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, c\u2019est un \u00e9chec. Les statistiques de la\npr\u00e9sence des jeunes aux Journ\u00e9es Mondiales de la Jeunesse (JMJ, lanc\u00e9es en\n1983) sont certes tr\u00e8s encourageantes, la participation ne cessant de cro\u00eetre.\nMais en m\u00eame temps, de moins en moins de jeunes entrent au s\u00e9minaire. Cela\nsignifie soit que plus les jeunes voient le pape, moins ils ont envie de\ndevenir pr\u00eatres, soit qu\u2019ils vont chercher quelque chose de diff\u00e9rent aupr\u00e8s du\npape. Ils viennent aux JMJ pour participer \u00e0 une grande messe, ou m\u00eame\nsimplement \u00e0 une grande rencontre chaleureuse o\u00f9 l\u2019on est entre soi, entre\nfr\u00e8res et s\u0153urs sous le regard du P\u00e8re. On y vit une grande exp\u00e9rience, on\n\u00e9prouve un flash de spiritualit\u00e9, puis on rentre \u00e0 la fac ou au lyc\u00e9e, en\ngardant peut-\u00eatre contact avec la fille ou le gar\u00e7on qu\u2019on a rencontr\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le fond, les gens qui se raccrochent \u00e0 la foi et\nqui se disent croyants, et en particulier les <em>born-again<\/em> et les\nconvertis, ne sont pas dans une qu\u00eate culturelle. Ce qui les int\u00e9resse, ce\nn\u2019est ni la culture, ni l\u2019institutionnalisation du religieux. Il s\u2019agit d\u2019une\nqu\u00eate individuelle, \u00e9ventuellement individualiste, entre pairs.<\/p>\n\n\n\n<p>La culture dominante, d\u00e9sormais, n\u2019est plus le\nchristianisme s\u00e9cularis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela, dans le fond, va de pair avec la d\u00e9culturation\ndu religieux que j\u2019ai d\u00e9crit dans <em>La Sainte Ignorance <\/em><a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/#easy-footnote-bottom-8-11295\"><sup>8<\/sup><\/a>.\nAlors que la culture dominante est analphab\u00e8te en religion, les communaut\u00e9s de\nfoi ont un probl\u00e8me avec la culture, qui est pour elles devenue pa\u00efenne plus\nque profane et appara\u00eet mena\u00e7ante. Parfois on va donc jusqu\u2019\u00e0 interdire la\nculture, les films en g\u00e9n\u00e9ral, comme dans certains coll\u00e8ges \u00e9vang\u00e9listes\nam\u00e9ricains, ou l\u2019internet, comme dans les communaut\u00e9s Loubavitch. Mais on a\nbeaucoup de mal \u00e0 reconstituer une culture religieuse, parce que les gens dans\nles communaut\u00e9s de foi ne s\u2019int\u00e9ressent pas \u00e0 la culture en tant que telle.\nL\u2019\u00c9glise catholique lance des \u00ab&nbsp;pastorales&nbsp;\u00bb \u00e0 destination des\ndiff\u00e9rentes cat\u00e9gories, avec des tentatives un peu baroques pour se reconnecter\n\u00e0 cette culture qu\u2019elle a abandonn\u00e9e&nbsp;: le rock chr\u00e9tien par exemple.\nD\u2019autres tentent les romans bien-pensants \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019eau b\u00e9nite&nbsp;\u00bb qui\nmarchent tr\u00e8s bien chez les islamistes en Turquie, dans lesquels tout se\ntermine bien, c\u2019est-\u00e0-dire avec beaucoup d\u2019enfants. On voit bien qu\u2019au niveau\nculturel, il y a un probl\u00e8me d\u2019ad\u00e9quation.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re la crise du religieux se trouve \u00e9videmment\nune crise de la culture. Si on maintient que le pivot essentiel est la d\u00e9cennie\n1960, tout commence en Californie&nbsp;: y surgissent le mouvement hippie tout\ncomme les mouvements \u00e9vang\u00e9liques charismatiques. Mais peut-\u00eatre que tout\nrevient encore aujourd\u2019hui en Californie. Car le paradoxe du grand mouvement de\nlib\u00e9ration sexuelle, c\u2019est qu\u2019il aboutit aujourd\u2019hui non pas \u00e0 une r\u00e9action qui\nvoudrait un retour en arri\u00e8re, mais plut\u00f4t \u00e0 une demande de normativit\u00e9\npointilleuse des comportements sexuels et d\u2019exigence de transparence de la vie\npriv\u00e9e, certes accentu\u00e9e par les r\u00e9seaux sociaux, mais centr\u00e9e autour d\u2019une\nrecherche plus g\u00e9n\u00e9rale d\u2019une normativit\u00e9 explicit\u00e9e en permanence <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/#easy-footnote-bottom-9-11295\"><sup>9<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les valeurs reviennent sous la forme de la norme. Il\nn\u2019y a gu\u00e8re d\u2019endroit aussi norm\u00e9 que la Californie, de la taille du gazon \u00e0 la\ngestuelle sexuelle. On s\u2019aper\u00e7oit que toute la culture dite de lib\u00e9ration\nach\u00e8ve sa course dans une explosion de normativit\u00e9. On pourrait croire au\nretour de la r\u00e9action, mais ce sont les m\u00eames personnes qui ont fait la\nr\u00e9volution sexuelle et culturelle des ann\u00e9es 1960 et qui sont impliqu\u00e9es dans\n\u00ab&nbsp;<em>Metoo<\/em>&nbsp;\u00bb (soit comme coupables, soit comme nouveaux\ndistributeurs de la norme). La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration des victimes ne demande pas\nle retour au conservatisme moral, mais la mise \u00e0 la norme de la lib\u00e9ration\nsexuelle. En ce sens, on ne peut pas parler de \u00ab&nbsp;puritanisme&nbsp;\u00bb, sauf\nde mani\u00e8re m\u00e9taphorique. La normativit\u00e9 contre le harc\u00e8lement sexuel se fait\npr\u00e9cis\u00e9ment au nom de valeurs de 1968, f\u00e9minisme et \u00e9galit\u00e9 des genres. On\nr\u00e9pond \u00e0 un probl\u00e8me r\u00e9el (le harc\u00e8lement sexuel) par un syst\u00e8me de normes\nexplicites. On donne aux gar\u00e7ons par exemple, dans des \u00e9coles am\u00e9ricaines, des\ncours de comportement envers une fille (l\u2019inverse n\u2019est pas attest\u00e9, \u00e0 moins\nd\u2019inclure les cours de <em>self-defense<\/em>). Il s\u2019agit d\u2019\u00e9noncer les normes de\nl\u2019interaction. Ce qui compte, c\u2019est que tout doit \u00eatre explicite. On voit\ndispara\u00eetre les zones d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 et d\u2019implicite. Certains accusent alors le\npuritanisme am\u00e9ricain, coupable tout trouv\u00e9 qui arrange beaucoup de gens. Mais\nje pense que ce mouvement, s\u2019il est apparu aux \u00c9tats-Unis, est un sympt\u00f4me\nglobal.<\/p>\n\n\n\n<p>La norme est explicite tandis que la valeur est\nimplicite. On peut, bien s\u00fbr, traduire des valeurs en normes. On peut traduire\npar exemple une valeur comme l\u2019honneur en un code de l\u2019honneur. Toutes les\ncultures ont invent\u00e9 des codages vari\u00e9s pour les valeurs qui les animent. Mais\nsi on a besoin que tout soit explicite, c\u2019est qu\u2019on ne partage plus\nd\u2019implicite. Aujourd\u2019hui, rien ne va sans dire, et ce qui est non-dit est\nsuspect. Le simple terme de non-dit est d\u00e9valoris\u00e9, ce qui met la psychanalyse\ndans une crise profonde, puisqu\u2019elle est maintenant consid\u00e9r\u00e9e comme\nr\u00e9actionnaire, patriarcale, parce qu\u2019elle pose une certaine irr\u00e9ductibilit\u00e9 de\nce non-dit. La crise profonde de la culture est li\u00e9e au fait que l\u2019on partage\nde moins en moins de choses dans l\u2019implicite, et que tout doit \u00eatre dans le dit\net dans le norm\u00e9. Ce n\u2019est pas par hasard que cette exigence d\u2019explicite\ns\u2019attaque aussi \u00e0 la libert\u00e9 religieuse&nbsp;: le secret de la confession vient\nd\u2019\u00eatre aboli par le Parlement australien (janvier 2018) et la circoncision des\nenfants pour des raisons religieuses est s\u00e9rieusement contest\u00e9e en Europe du\nnord, parce qu\u2019elle ne repose pas sur l\u2019accord explicite de l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les valeurs reviennent sous la forme de la norme.<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, les fondamentalismes sont tous bas\u00e9s\nsur le code, du salafisme aux formes d\u2019\u00e9vang\u00e9lisme les plus extr\u00eames. Ils usent\nbien s\u00fbr aussi du registre \u00e9motionnel, mais on remarque l\u00e0 aussi une\ncodification de l\u2019\u00e9motionnel&nbsp;: on ne peut pas entrer en transe n\u2019importe\no\u00f9 ni n\u2019importe quand. La codification de l\u2019\u00e9motionnel, de l\u2019\u00e9motic\u00f4ne aux\ngrands aveux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, fait partie de cette exigence d\u2019explicite normatif.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Resocialiser\nle religieux <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nos soci\u00e9t\u00e9s r\u00e9agissent \u00e0 cette nouvelle situation par\nl\u2019angoisse d\u00e9clench\u00e9e par un religieux qui ne rentre pas dans les codages, et\ndonc par une volont\u00e9 de coder le religieux. On d\u00e9teste le fondamentalisme, mais\non fait comme si tout le religieux \u00e9tait du fondamentalisme, parce qu\u2019ainsi le\nreligieux est au moins explicite et clair. On prend donc la religion \u00e0 la\nlettre (d\u2019o\u00f9 la bataille sur les versets du Coran concernant le djihad ou les\nJuifs). On recherche le verset scandaleux comme on cherche le tweet qui tue.\nPrendre le texte \u00e0 la lettre, c\u2019est bien le propre d\u2019une d\u00e9marche\nfondamentaliste. Il est clair dans les \u00ab&nbsp;d\u00e9bats&nbsp;\u00bb d\u2019aujourd\u2019hui que\nle mot (et surtout le bon mot) a tu\u00e9 le sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains avancent l\u2019id\u00e9e qu\u2019il faudrait promouvoir le\nsoufisme, le spiritualisme. Mais nos \u00c9tats sont bien incapables de promouvoir\nquelque spiritualit\u00e9 que ce soit. C\u2019est l\u00e0 un fait structurel&nbsp;: un \u00c9tat\nproduit de la norme, et non de la valeur, laquelle ne peut qu\u2019\u00e9maner d\u2019une\nculture commune. Au m\u00eame moment, tous les pays parlent de \u00ab&nbsp;valeurs\neurop\u00e9ennes&nbsp;\u00bb. Les Allemands et les Hollandais font remplir aux demandeurs\nde visas dans leurs consulats des questionnaires pour v\u00e9rifier l\u2019adh\u00e9sion des\nrequ\u00e9rants \u00e0 celles-ci. En Hollande, on montre une photo de femme aux seins nus\net on demande \u00e0 l\u2019interrog\u00e9 si la photo le choque. Si oui, il n\u2019est pas en\naccord avec la culture hollandaise. En Allemagne, on pose la question de savoir\nsi le naturisme est une valeur allemande. Heureusement que Joseph Ratzinger n\u2019a\njamais eu \u00e0 demander de visa allemand&nbsp;! <\/p>\n\n\n\n<p>On parle donc d\u2019Europe chr\u00e9tienne sans \u00eatre capable de\nlui donner beaucoup de contenu au-del\u00e0 du pique-nique \u00ab&nbsp;saucisson \u2013 vin\nrouge&nbsp;\u00bb (c\u2019est au moins une forme de communion sous les deux\nesp\u00e8ces&nbsp;: l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne est bien la caricature du christianisme).\nOu bien on inscrit dans les valeurs europ\u00e9ennes la libert\u00e9 sexuelle, l\u2019\u00e9galit\u00e9\nde l\u2019homme et de la femme, le mariage homosexuel, autant de valeurs combattues\npar l\u2019\u00c9glise Catholique, ou bien on abandonne la r\u00e9f\u00e9rence chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation est caract\u00e9ris\u00e9e par une hypocrisie\ntotale. Sous le terme d\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne, on ne met plus les valeurs chr\u00e9tiennes\ns\u00e9cularis\u00e9es, et ce depuis la coupure des ann\u00e9es 1960. \u00c0 la place, on installe\nles nouvelles valeurs. Vous remarquerez que les partis populistes europ\u00e9ens ne\nsont pratiquement plus chr\u00e9tiens. Les uns ne se r\u00e9f\u00e8rent plus aux racines\nchr\u00e9tiennes comme le parti de Geert Wilders aux Pays-Bas, qui porte haut les\nvaleurs de 1968. En tourn\u00e9e au Texas face \u00e0 des extr\u00e9mistes locaux, il est\napplaudi \u00e0 tout rompre jusqu\u2019au moment o\u00f9 il dit que le probl\u00e8me avec les\nmusulmans est qu\u2019ils refusent les droits des homosexuels. Ce n\u2019est pas\nexactement l\u2019attitude que ces Texans reprochaient aux musulmans. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9volution de Marine Le Pen est int\u00e9ressante&nbsp;:\nelle qui a h\u00e9rit\u00e9 d\u2019un parti qui d\u00e9fendait explicitement l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne\nde l\u2019Europe, elle a mis en avant la la\u00efcit\u00e9 comme indicateur de l\u2019identit\u00e9\nfran\u00e7aise. Quand elle propose de d\u00e9fendre les \u00e9glises, c\u2019est en les\ntransformant en monuments historiques, ce qui est une bonne formule\nd\u2019enterrement. Dans un pays catholique comme l\u2019Italie, la <em>Lega Nord<\/em> est\nen conflit permanent avec l\u2019archev\u00eaque de Milan, qui ne peut accepter la\nx\u00e9nophobie \u00e9rig\u00e9e en principe politique. En Pologne, Droit et Justice, qui se\nr\u00e9clame explicitement du christianisme, a organis\u00e9 des c\u00e9r\u00e9monies de fermeture\nde fronti\u00e8res avec des rosaires. L\u2019archev\u00eaque de Varsovie a d\u00fb protester\nvivement en interdisant aux pr\u00eatres de participer \u00e0 ces manifestations.<\/p>\n\n\n\n<p>Les partis populistes europ\u00e9ens ne sont pratiquement\nplus chr\u00e9tiens.<\/p>\n\n\n\n<p>En Italie, la situation politique et sociale \u00e9tait,\ndans les ann\u00e9es 1950, tr\u00e8s cliv\u00e9e, comme en France, avec un fort Parti\nCommuniste, une D\u00e9mocratie Chr\u00e9tienne, et deux soci\u00e9t\u00e9s civiles diff\u00e9rentes,\navec certes un peu plus d\u2019intermariages qu\u2019en France. Il y a tr\u00e8s souvent des\ncrucifix dans les salles de classe et jamais un d\u00e9put\u00e9 communiste italien n\u2019a\ndemand\u00e9 qu\u2019ils soient retir\u00e9s. Il a fallu qu\u2019une Finlandaise ath\u00e9e s\u2019inqui\u00e8te\nde l\u2019influence n\u00e9faste du crucifix sur son fils pour que l\u2019affaire finisse par\n\u00eatre port\u00e9e devant la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, qui d\u00e9teste par\nailleurs s\u2019occuper de religion (et pr\u00e9f\u00e8re botter en touche en arguant du\nprincipe de subsidiarit\u00e9 pour laisser les \u00c9tats g\u00e9rer le religieux&nbsp;: mais\ncela ne marche plus car la question religieuse s\u2019est justement globalis\u00e9e).\nPour d\u00e9fendre la pr\u00e9sence du crucifix, les avocats de l\u2019\u00c9tat italien l\u2019ont\nd\u00e9fini comme un symbole national de la culture italienne, qui n\u2019a rien \u00e0 voir\navec la foi. Le crucifix, pour l\u2019\u00c9tat italien, n\u2019est au fond qu\u2019un morceau de\nbois culturel. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00c9tat italien a gagn\u00e9, mais les \u00e9v\u00eaques ont de bonnes\nraisons de s\u2019inqui\u00e9ter de cette assimilation d\u2019un symbole religieux \u00e0 une sorte\nde gadget culturel. <\/p>\n\n\n\n<p>La cause du crucifix a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9e au prix d\u2019une\ns\u00e9cularisation du religieux. Ainsi, soit on est dans la culture, et il n\u2019y a\nplus de religieux, soit on est dans la religion et il n\u2019y a plus de culture.\nAvec la \u00ab&nbsp;culturisation&nbsp;\u00bb du crucifix, on n\u2019est plus dans la\nreligion.<\/p>\n\n\n\n<p>La prochaine affaire qui sera bient\u00f4t jug\u00e9e \u00e0 la Cour\neurop\u00e9enne des droits de l\u2019homme \u00e0 Strasbourg et que j\u2019attends avec impatience\nest l\u2019interdiction des minarets en Suisse. L\u2019\u00c9tat helv\u00e9tique, qui \u00e9tait contre\nl\u2019interdiction des minarets, mais qui, une fois la votation effectu\u00e9e, fut\noblig\u00e9 de d\u00e9fendre les r\u00e9sultats aupr\u00e8s de Strasbourg, a mis en place une\nargumentation habile. <\/p>\n\n\n\n<p>Selon lui, l\u2019interdiction n\u2019est pas une atteinte \u00e0 la\nlibert\u00e9 religieuse des musulmans puisque le minaret rel\u00e8ve du culturel. Il est\nexact que le minaret n\u2019existait pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Mahomet, qu\u2019il en a exist\u00e9\ndes vari\u00e9t\u00e9s diff\u00e9rentes selon les r\u00e9gions, que c\u2019est \u00e0 l\u2019origine une\nconstruction inspir\u00e9e des clochers d\u2019\u00e9glise, et il n\u2019est en rien n\u00e9cessaire \u00e0\nla pratique. On peut r\u00e9pondre \u00e0 toutes les exigences rituelles de la religion\nsans minaret, or les mosqu\u00e9es sans minaret ne sont pas interdites. L\u2019argument\nde l\u2019\u00c9tat suisse contribue \u00e0 d\u00e9-culturaliser l\u2019Islam traditionnel. On ne peut\nplus construire des mosqu\u00e9es turques en Suisse, mais rien ne vous emp\u00eache de\nconstruire des mosqu\u00e9es suisses (avec une tour d\u2019horloge par exemple).\nD\u2019ailleurs, il n\u2019y avait que quatre mosqu\u00e9es avec minarets dans toute la\nSuisse, parce que les ambassades saoudiennes ou turques, m\u00e9c\u00e8nes des \u00e9difices,\navaient exig\u00e9 des mosqu\u00e9es semblables \u00e0 celles de leur pays d\u2019origine.<\/p>\n\n\n\n<p>La pratique judiciaire contribue donc \u00e0 accentuer\ncette s\u00e9paration entre politique et religieux, soit en culturalisant le\nreligieux jusqu\u2019\u00e0 en faire dispara\u00eetre l\u2019\u00e9l\u00e9ment religieux, soit en\nd\u00e9-culturalisant le religieux pour que ne subsiste plus que l\u2019\u00e9l\u00e9ment de la\ncroyance.<\/p>\n\n\n\n<p>La pratique judiciaire contribue donc \u00e0 accentuer\ncette s\u00e9paration entre politique et religieux, soit en culturalisant le\nreligieux jusqu\u2019\u00e0 en faire dispara\u00eetre l\u2019\u00e9l\u00e9ment religieux, soit en d\u00e9-culturalisant\nle religieux pour que ne subsiste plus que l\u2019\u00e9l\u00e9ment de la croyance.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, on peut \u00e9voquer le jugement du tribunal de\nFrancfort interdisant la circoncision (2013), rendu imm\u00e9diatement caduc par une\nloi du parlement allemand autorisant explicitement la circoncision. Il s\u2019agit\nl\u00e0 d\u2019une sorte de coup de force l\u00e9gislatif. Si une loi a d\u00fb \u00eatre vot\u00e9e, c\u2019est\nparce que l\u2019argumentaire du tribunal de Francfort \u00e9tait tr\u00e8s coh\u00e9rent. Puisque\nle tribunal ne peut juger les croyances, il ne juge que les conflits de droits.\nLa protection de l\u2019enfant, la protection de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 corporelle et la\nlibert\u00e9 de conscience sont des droits essentiels, au nom desquels ce tribunal\ninterdit la circoncision. En effet, dans la d\u00e9cision rendue, la circoncision\nest d\u00e9crite comme une atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 corporelle, comme une marque\nind\u00e9l\u00e9bile d\u2019appartenance religieuse inflig\u00e9e \u00e0 un enfant qui ne peut la\nrefuser, l\u2019engageant dans une religion qu\u2019il peut quitter \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte mais\npar laquelle il reste marqu\u00e9 \u00e0 vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tribunal propose de ne pas imposer de circoncision\navant dix-huit ans, et demande aux parents de laisser la libert\u00e9 religieuse aux\nenfants. Mais que devient alors la transmission&nbsp;? On aboutit \u00e0 une\nd\u00e9finition du religieux explicitement coup\u00e9 de toute culture. Le religieux ne\nsaurait \u00eatre transmis, c\u2019est seulement un choix personnel. Cela impliquerait\nd\u2019\u00e9lever les enfants dans la plus stricte neutralit\u00e9, puis de donner le choix\naux enfants \u00e0 dix-huit ans, tout comme on leur fait choisir une banque. Le\njugement a \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9 par la loi du parlement. S\u2019il a fallu en arriver l\u00e0,\nc\u2019est parce que sur le plan juridique la d\u00e9cision du tribunal se tenait\nparfaitement et aurait pu passer l\u2019\u00e9tape de la Cour constitutionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Danemark, l\u2019abattage rituel est interdit, parce que\nle droit des animaux l\u2019emporte d\u00e9sormais sur la libert\u00e9 religieuse, <em>dixit<\/em>\nla ministre de la Justice. Cela revient \u00e0 faire de la libert\u00e9 religieuse une\nlibert\u00e9 comme une autre, mais sur le plan mineur. Or la libert\u00e9 religieuse est\ntr\u00e8s sp\u00e9cifique.<\/p>\n\n\n\n<p>La loi de 1905, par exemple, n\u2019est ni une loi sur la\nreligion, ni sur la foi, ni sur la croyance ou sur la pratique priv\u00e9e. Elle est\nune loi sur l\u2019exercice du culte, c\u2019est-\u00e0-dire sur la pratique publique de la\nreligion. Si on interroge encore une fois des personnes dans la rue sur la\nd\u00e9finition de la la\u00efcit\u00e9, elles r\u00e9pondront invariablement qu\u2019elle signifie que\nla religion est priv\u00e9e. La loi de 1905 fixe au contraire l\u2019organisation de la\npratique religieuse dans l\u2019espace public sous le contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat, qui d\u00e9cide\nde la place du religieux, mais consid\u00e8re que le religieux a sa place dans la\nsoci\u00e9t\u00e9. Par exemple, les pri\u00e8res de rue ne sont pas ill\u00e9gales en France, sinon\nla police aurait arr\u00eat\u00e9 les contrevenants. Seulement, quand on organise une\nmanifestation sur la voie publique, il faut d\u00e9clarer sa pr\u00e9sence aupr\u00e8s des\nservices municipaux. Mais aucune loi n\u2019interdit \u00e0 l\u2019archev\u00eaque de Paris de\nfaire un chemin de croix de Notre-Dame \u00e0 Montmartre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les instruments juridiques \u00e0 notre disposition pour\npenser le religieux sont par ailleurs tous des instruments qui le s\u00e9cularisent.\nLa loi \u00e9nonce par exemple que nul ne saurait \u00eatre discrimin\u00e9 en fonction de sa\nrace, son sexe ou sa religion. La religion y est donc pr\u00e9sente comme partie de\nl\u2019identit\u00e9, mais pas du tout comme pratique. La libert\u00e9 de penser est celle\nd\u2019avoir des opinions \u00ab&nbsp;<em>politiques, philosophiques et religieuses<\/em>&nbsp;\u00bb.\nOr pour un croyant, la foi est bien plus qu\u2019une opinion. L\u2019opinion se n\u00e9gocie,\npas la foi.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour faire en sorte que la simple visibilit\u00e9 du religieux\nn\u2019apparaisse pas comme provocation, la solution serait la re-culturation et la\nre-socialisation du religieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cause de ce d\u00e9couplage permanent entre culture et\nreligion, et parce que la religion fait retour comme pure religion, cette derni\u00e8re\nappara\u00eet alors comme bizarrerie et au pire comme fanatisme, et tout l\u2019effort\nest de s\u00e9culariser le religieux. Quand la police fait une enqu\u00eate pour le badge\nde s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un candidat bagagiste \u00e0 Roissy, du fait que statistiquement la\nplupart des candidats sont d\u2019origine musulmane si pr\u00e8s de la Seine-Saint-Denis,\nune des premi\u00e8res questions concerne la pratique religieuse. Le meilleur moyen\nde s\u2019en sortir sans encombre est d\u2019affirmer spontan\u00e9ment que l\u2019on boit de\nl\u2019alcool (un rare cas o\u00f9 boire facilite l\u2019embauche).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intensit\u00e9 de la pratique religieuse est consid\u00e9r\u00e9e\ncomme un signe de radicalisation (comme le montrent aussi les mesures de\nd\u00e9tection de la radicalit\u00e9 avanc\u00e9es par le gouvernement fran\u00e7ais en f\u00e9vrier\n2018). Mais une intense pratique religieuse n\u2019a rien de surprenant chez une\npartie des croyants, quelle que soit la religion (Luther n\u2019\u00e9tait ni un lib\u00e9ral,\nni un simple ma\u00eetre \u00e0 penser). Chaque religion essaie de mettre en place des\nsyst\u00e8mes et des institutions de gestion de cette intensit\u00e9 ou radicalit\u00e9. Les\ncatholiques ont le monast\u00e8re, institution reconnue et respect\u00e9e. Les moines\nn\u2019ayant pas de descendance, cela simplifie le probl\u00e8me. Mais les salafistes\nn\u2019ont pas de monast\u00e8re, vivent en famille, et pr\u00eachent dans les rues, ce qui\nbien s\u00fbr cr\u00e9\u00e9 le probl\u00e8me du \u00ab&nbsp;scandale&nbsp;\u00bb, de l\u2019excessive visibilit\u00e9\ndu religieux (que l\u2019on retrouve avec les pacifiques loubavitchs).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour faire en sorte que la simple visibilit\u00e9 du\nreligieux n\u2019apparaisse pas comme provocation, la solution serait la\nre-culturation et la re-socialisation du religieux. En France, l\u2019opinion\npublique ne veut pas de cela, et \u00e0 chaque crise, on expulse encore plus le\nreligieux de l\u2019espace public. L\u2019an dernier, un burkini sur une plage a entra\u00een\u00e9\nl\u2019interdiction g\u00e9n\u00e9rale de ce v\u00eatement au nom de la lutte contre le terrorisme\n(rappelons que le mauvais go\u00fbt n\u2019est pas un d\u00e9lit). Plus on expulse le\nreligieux, plus on le donne clairement aux radicaux. Donc derri\u00e8re toutes les\nquestions sur l\u2019islam qui sont l\u00e9gitimes, il nous faut repenser la place du\nreligieux dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales europ\u00e9ennes, et ensuite traiter la\nquestion de l\u2019Islam \u00e0 partir de notre conception de la place du religieux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quelles conclusions pour l\u2019Europe&nbsp;? Cette\nd\u00e9connexion entre le religieux et la culture dominante se fait partout sous des\nformes vari\u00e9es. Cela va de l\u2019auto-s\u00e9cularisation absolue du religieux dans les\npays luth\u00e9riens \u00e0 la rupture des derniers liens existants entre l\u2019\u00c9glise et\nl\u2019\u00c9tat dans les pays catholiques. Dans les pays scandinaves, l\u2019\u00c9glise nationale\nluth\u00e9rienne (\u00c9glise d\u2019Etat) a d\u00e9sormais l\u2019obligation de c\u00e9l\u00e9brer religieusement\nles mariages homosexuels, car la loi du parlement s\u2019impose \u00e0 elle, ce qui veut\ndire que l\u2019absence de s\u00e9paration entre la religion officielle et l\u2019\u00c9tat a tu\u00e9\nle religieux (ou bien plut\u00f4t l\u2019a chass\u00e9 du public pour le r\u00e9duire au priv\u00e9, car\nun pasteur peut, \u00e0 titre individuel, demander d\u2019\u00eatre exempt\u00e9 de b\u00e9nir un\nmariage homosexuel). La la\u00efcit\u00e9 juridique n\u2019est donc pas une condition\nn\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement du processus de s\u00e9cularisation. Cela confirme ma\nth\u00e8se que tout \u00c9tat est s\u00e9culier\u2026 et s\u00e9cularise la religion. <\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de l\u2019Europe est aujourd\u2019hui de promouvoir\nnon pas l\u2019expulsion du religieux vers la sph\u00e8re priv\u00e9e, mais au contraire la\nresocialisation et la reculturation du religieux<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les pays catholiques, l\u2019\u00c9glise perd un peu\npartout son rapport privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9tat et n\u2019a plus de relais politique (c\u2019est\nla droite espagnole qui a vot\u00e9 le mariage homosexuel). La d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne\na disparu (en partie par usure et en partie parce que l\u2019\u00c9glise \u2013 le Pape\nJean-Paul II \u2013 ne voulait plus de parti interm\u00e9diaire, incarnation politique de\nla \u00ab&nbsp;zone grise&nbsp;\u00bb dont nous parlions plus haut). En revanche,\nl\u2019influence de l\u2019\u00c9glise se d\u00e9veloppe \u00e0 travers les associations internationales\nde fid\u00e8les de droit pontifical, qui, on l\u2019a vu, ne sont pas territoriales et\nnon soumises au contr\u00f4le de l\u2019\u00e9v\u00eaque. M\u00eame dans des pays aussi profond\u00e9ment\ncatholiques que l\u2019Italie, l\u2019\u00c9glise dominante se reconstitue en communaut\u00e9 de\nfoi et tend \u00e0 se vivre de plus en plus comme une minorit\u00e9, ph\u00e9nom\u00e8ne accentu\u00e9\npar le fait que la droite conservatrice et populiste a cess\u00e9 de se r\u00e9f\u00e9rer au\ncatholicisme pour ne plus se r\u00e9clamer que d\u2019une vague \u00ab&nbsp;identit\u00e9\nchr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb qui n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec les valeurs d\u00e9fendues par le\nPape.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc la fin de la diversit\u00e9 des statuts\nsp\u00e9cifiques de la religion dans chaque pays europ\u00e9en, telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 peu \u00e0\npeu fix\u00e9e dans la foul\u00e9e des trait\u00e9s westphaliens. Les probl\u00e9matiques de la\nplace du religieux se rejoignent mais chaque pays continue de les g\u00e9rer \u00e0\npartir d\u2019un imaginaire politique \u00ab&nbsp;traditionnel&nbsp;\u00bb (au sens de\ntradition reconstruite)&nbsp;: la la\u00efcit\u00e9 en France, la catholicit\u00e9 en Italie\net en Pologne (o\u00f9 elle est reconstruite en id\u00e9ologie d\u2019\u00c9tat)\u2026 Mais aucune de\nces nostalgies, exacerb\u00e9es par les populismes, ne peut justement g\u00e9rer la\ndemande religieuse, la demande de foi, exprim\u00e9e par des individus qui soient\nrejoignent des \u00ab&nbsp;communaut\u00e9s de foi&nbsp;\u00bb qui s\u2019organisent sur d\u2019autres\nvaleurs (fraternit\u00e9s chr\u00e9tiennes, salafistes, <em>haredims<\/em>), soit peuvent\n\u00eatre tent\u00e9es par des formes de nihilisme suicidaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de l\u2019Europe est aujourd\u2019hui de promouvoir\nnon pas l\u2019expulsion du religieux vers la sph\u00e8re priv\u00e9e, mais au contraire la\nresocialisation et la reculturation du religieux.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><strong>Sources<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Denis Crouzet, <em>Les guerriers de Dieu. La\n     violence au temps des troubles de religion, vers 1525-vers 1610<\/em>,\n     Seyssel, Champ Vallon, 1990&nbsp;; Olivier Christin, <em>Une r\u00e9volution\n     symbolique&nbsp;: l\u2019iconoclasme huguenot et la reconstruction catholique<\/em>,\n     Paris, \u00c9d. de Minuit, 1991. Olivier Christin, <em>La paix de religion.\n     L\u2019autonomisation de la raison politique au XVIe si\u00e8cle<\/em>, Paris, \u00c9d. du\n     Seuil, 1997<\/li><li>Olivier Christin, <em>La paix de religion.\n     L\u2019autonomisation de la raison politique au XVIe si\u00e8cle<\/em>, Paris, \u00c9d. du\n     Seuil, 1997.<\/li><li>Olivier Roy, <em>L\u2019\u00e9chec de l\u2019Islam politique<\/em>,\n     Paris, \u00c9d. du Seuil, 1992.<\/li><li>Nous pouvons ici constater l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du concept\n     de souverainet\u00e9 dans le contexte iranien. En effet, adopt\u00e9e en 1979, la\n     Constitution de la R\u00e9publique islamique d\u2019Iran repose sur deux piliers\n     fondamentaux&nbsp;: la reconnaissance de la souverainet\u00e9 absolue en Dieu \u2013\n     souverainet\u00e9 divine, essence de l\u2019Etat islamique \u2013 et la reconnaissance de\n     la souverainet\u00e9 populaire, fondement de l\u00e9gitimit\u00e9 politique. Cette double\n     souverainet\u00e9 \u00e0 la base de l\u2019Etat islamique rend le syst\u00e8me politique\n     iranien assez complexe dans sa conception ainsi que dans son\n     fonctionnement. La double souverainet\u00e9 peut donc \u00eatre vue, d\u2019un c\u00f4t\u00e9,\n     comme l\u2019expression du double caract\u00e8re de la R\u00e9publique islamique (comme\n     son nom l\u2019indique)&nbsp;: r\u00e9publicain et th\u00e9ocratique&nbsp;; et, de\n     l\u2019autre, comme \u201ccause\u201d d\u2019un double effet&nbsp;: l\u2019institutionnalisation de\n     la fonction du Guide Supr\u00eame en tant que chef de l\u2019Etat (couvrant une\n     fonction politique et religieuse) et l\u2019int\u00e9gration du recours au suffrage\n     universel pour la l\u00e9gitimation du r\u00e9gime, conform\u00e9ment au mod\u00e8le de l\u2019\u00c9tat\n     moderne d\u00e9mocratique.<\/li><li>Michel Vovelle, <em>Pi\u00e9t\u00e9 baroque et\n     d\u00e9christianisation en Provence au XVIIIe si\u00e8cle. Les attitudes devant la\n     mort d\u2019apr\u00e8s les clauses de testaments<\/em>, Paris, \u00c9d. du Seuil,\n     1973&nbsp;; Pierre Chaunu, <em>La mort \u00e0 Paris, XVIe-XVIIIe si\u00e8cle<\/em>,\n     Paris, Fayard, 1978.<\/li><li>Voir <a href=\"http:\/\/home.scarlet.be\/amdg\/pn\/traductions_francaises_missel.pdf\">http:\/\/home.scarlet.be\/amdg\/pn\/traductions_francaises_missel.pdf<\/a>.<\/li><li>Nous rectifions&nbsp;: aujourd\u2019hui la mention de\n     la <em>judaica perfidia<\/em> et des <em>perfidi judei<\/em> est d\u00e9sormais\n     absente dans la liturgie latine. Elle a disparu du rite latin avant la fin\n     du Concile Vatican II (1959) avec es corrections apport\u00e9es par Jean XXIII.<\/li><li>Olivier Roy, <em>La sainte ignorance. Le temps de\n     la religion sans culture<\/em>, Paris, \u00c9d. du Seuil, 2008.<\/li><li>Voir Olivier Roy, \u00ab&nbsp;De quoi le cochon est-il\n     le nom&nbsp;?&nbsp;\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 10 janvier 2018. Note de l\u2019\u00e9diteur <\/li><\/ol>\n\n\n\n<p><strong>Cr\u00e9dits <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce texte\nprononc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole normale sup\u00e9rieure le 17 novembre 2017 dans le cadre du\ncycle de conf\u00e9rences Une certaine id\u00e9e de l&rsquo;Europe a \u00e9t\u00e9 transcrit par Pierre\nMennerat et \u00e9dit\u00e9 par Emmanuel Phatthanasinh, Lucie Rondeau du Noyer, Pierre\nSalvadori et Raffaele Alberto Ventura. Une version remani\u00e9e par l&rsquo;auteur et\n\u00e9largie est parue chez Seuil en janvier 2019 sous le m\u00eame titre. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour\napprofondir <\/p>\n\n\n\n<p>Lire l\u2019article \u00e0 sa source&nbsp;: <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/\">https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/10\/19\/le-religieux-sauvera-leurope\/<\/a>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Olivier Roy<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1,23,8,14,19],"tags":[],"class_list":["post-494","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-evenements-a-venir","category-evenements-passes","category-non-classe-en","category-non-classe-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/494","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=494"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/494\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1392,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/494\/revisions\/1392"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=494"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=494"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ifeac.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=494"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}